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Revue des Traditions Musicales – Numéro 1

1. LA REDACTION, 2007, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, no 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 7-10.

 

2. BEYHOM, Amine, 2007, « Point de vue : Musiques savantes de l’Orient, ou le temps de la reconnaissance », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 13-26.

Résumé
Ce « point de vue » reprend rapidement l’histoire des relations entre musicologies et musiques occidentales et arabes en mettant l’accent sur l’incompréhension passée entre ces arts et ces disciplines, même en ce qui concerne l’ethnomusicologie, plus récente, et dont un des objets est l’étude des musiques extra-européennes. L’auteur essaie de montrer les raisons, avant tout politiques et sociales, qui ont amené la dégénérescence de la musique arabe et de sa théorisation, notamment à travers la prédominance des concepts musicaux et musicologiques occidentaux chez les Arabes. Il formule une ébauche de programme appelant à un renouveau des sciences musicologiques dans les pays de la zone du maqām, à un revivalisme musical axé sur l’évolution de la tradition initiatique des musiques d’art, ainsi qu’à la mise en place de coopérations avec les musicologues de ces pays en plus des coopérations déjà établies avec les musicologies occidentales, pour l’établissement d’une « vraie » musicologie généralisée des traditions. 

Abstract
This article explains the views of the author concerning what he calls the decadence of the Arab music and musicology today, and its often stormy past relationship with Western music and musicology. Furthermore, for the author, classical ethnomusicology has failed to deal “fairly” with Art music, its main aim still being Popular music around the world. Many reasons, mainly political and social, seemed to have an influence on the Westernization of Arab music; as a synthesis, the author proposes a program aimed on reviving Arab Traditional Initiatic music and its musicology, based on new analysis tools and multilateral cooperation between Western and Arab scholars, as well as scholars from other countries in the maqām tradition.

 

3. MEEUS, Nicolas, 2007, « Qualités systémiques et fonctions modales », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 27-36.

Résumé
Ce texte vise à mettre en lumière l’existence, dans la théorie modale médiévale latine, de deux catégories hiérarchiques distinctes : les « qualités systémiques », propres aux degrés du système musical et dérivant exclusivement de la position de ceux-ci dans l’échelle diatonique ; et les « fonctions modales » que ces mêmes degrés exercent dans un mode particulier. Les premières ont été décrites, notamment par Guido d’Arezzo et Hermannus Contractus, sous le nom de modi vocum (« modes des notes »), tandis que les secondes se manifestent en particulier dans la doctrine de la finale modale, qui apparaît notamment chez Hucbald de Saint-Amand et ses contemporains. Le lien entre les modes des notes et les finales est complexe.

Abstract
This paper discusses the existence, in Latin medieval theory, of two distinct hierarchical categories, that of “systemic qualities”, belonging to the degrees of the musical system and deriving exclusively from their position in the diatonic scale and that of the “modal functions” that the same degrees may exert in a particular mode. The first were described, among others by Guido of Arezzo and by Hermannus Contractus, under the name of modi vocum (“Mode of the Degrees”), while the second are manifest mainly in the doctrine of the modal final, as discussed among others by Hucbald of Saint-Amand and his contemporaries. The relation between the modes of the degrees and the finals is complex.

 

4. PICARD, François, 2007, « Pour une musicologie générale des traditions », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 27-56.

Résumé
La musicologie historique de l’Asie orientale s’est développée depuis plusieurs décennies. L’époque Song (XIIe siècle) offre ainsi un système complet de modes, avec ses variantes ancienne, attribuée aux Tang, et moderne, ainsi qu’une version plus réduite, limitée à vingt-huit échelles. Ce système, provenant d’Inde, a disparu de la tradition mais des notations musicales ont été transmises jusqu’à nos jours, dont la transcription permet l’étude et l’interprétation.

Abstract
Historical musicology of East Asia has developed over the past 70 years. The (12th century) “Song” period has left a complete system of musical modes in two variations: an ancient one related to Tang, a modern one, and a more reduced one, limited to twenty-eight scales. This system, which originated in India, has disappeared from live tradition, but musical notations have been transmitted to the present, the transcription of which allows both study and interpretation.

 

5. RACY, Ali Jihad, 2007, “Music and Social Structure: the Takht Tradition of Early-Twentieth Century Cairo", Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 57-76.

Résumé
Ce texte propose d’examiner les liens existants entre le contenu musical et la structure sociale de la musique, vers les débuts du xxe siècle au Caire. L’objet d’investigation est le centre même de cette époque : le takht, ensemble musical traditionnel réduit qui a couronné l’activité musicale citadine du Caire à cette époque. En particulier, sont explorées ici les dynamiques sociales sous-tendant le milieu des musiciens du takht. Établissant des concordances entre influences sociales et musicales dans ce contexte, l’étude souligne les relations complexes entre ces deux domaines et propose un cadre conceptuel pour la compréhension du lien entre la musique et son environnement culturel.

Abstract
Ce texte propose d’examiner les liens existants entre le contenu musical et la structure sociale de la musique, vers les débuts du XXe siècle au Caire. L’objet d’investigation est le centre même de cette époque : le takht, ensemble musical traditionnel réduit qui a couronné l’activité musicale citadine du Caire à cette époque. En particulier, sont explorées ici les dynamiques sociales sous-tendant le milieu des musiciens du takht

 

6. FEKI, Soufiane, 2007, « Problèmes de typologie et de terminologie inhérents à l’approche musicologique des pratiques et répertoires musicaux arabes », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 77-92.

Résumé
La littérature musicologique et ethnomusicologique nous offre un éventail de textes autour des pratiques musicales propres au système du maqām et au monde arabe en particulier. Force est d’y constater l’existence d’équivoques et de conflits terminologiques, notamment quant à la typologie des pratiques musicales. Plusieurs raisons en sont à l’origine, notamment le legs de l’orientalisme et de la musicologie comparée, l’emprise des lexiques occidentaux sur la nouvelle génération de musicologues arabes, les confusions sémantiques et esthésiques et l’économie souvent faite des données systémiques et poïétiques intrinsèques. Les nouvelles approches analytiques qui s’inscrivent au sein de la musicologie générale des traditions mettent en exergue ces normes systémiques et poïétiques et replacent la référence à la notion complexe de tradition au centre de toute approche pertinente de ces pratiques.

Abstract
Musicology and ethnomusicology have undergone many studies about performance in the maqām system, more specifically in the Arab world. Many problems emerged from these studies, such as diversity and conflicts in terminology concerning these practices. Several reasons seem to have offered to explain this ambiguity, noticeably the legacy of Orientalism and Comparative musicology, the influence of Western musicological lexicons on a new generation of Arabic musicologists and the semantic confusion often by-passing intrinsic characteristics of the system of Arab music. However, we propose an etymological study of the current notions, within the frame of the general musicology of traditions, with an emphasis on poïetic and systemic norms. The specificity of this discussion lies in putting Traditional performance – a complex concept – in the center of the approach to these practices.

 

7. AKIKI, Marcel, 2007, « Formules-types du chant populaire traditionnel libanais : esquisse d’une analyse rythmique », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 93-114.

Résumé
Derrière leur phonétique curieuse et leur sémantique incompréhensible, les formules-types présentes dans le chant populaire traditionnel libanais, sont au cœur d’un phénomène dynamique rythmique à trois visages. L’analyse homotonique de la scansion chantée de ces formules linguistiques, révèle la présence d’autres formules accentuelles rythmiques inhérentes, et la possibilité d’un modèle métrique (comme le cas du qarrādī), de couver plusieurs combinaisons métrico-rythmiques internes. Enfin, on peut trouver certaines similitudes entre ces combinaisons et certains cycles rythmiques savants arabes. Cette analyse préliminaire et ce « repérage » ne permettent pas de formuler de réelles conclusions, mais il y a certainement ici une piste à explorer, et pour reprendre la citation de During, « quelque chose se passe », dans ces formules qui seraient peut-être un foyer d’intersection entre ces deux traditions musicales.

Abstract
Behind their curious phonetics and incomprehensible semantics, the standard formulaic sentences of the traditional popular Lebanese songs are at the heart of a three part dynamic and rhythmic phenomena. The syllabic homotonic analysis of the singing mode of these formulas reveals some rhythmic accent combinations. According to rhythmic analysis, several internal metrical and rhythmical patterns can run in one single metrical type, as here for the qarrādī metric type. Finally, we find similarities between these combinations and some rhythmic classical Arabic cycles. This preliminary rhythmic analysis can’t allow wide conclusions, but we have certainly here some new path to explore. This phenomenon reminds us of the famous expression of During, « quelque chose se passe », (something is happening ...), as these formula-types could be at some crossroads between these two musical traditions.

 

8. ABOU MRAD, Nidaa, 2007, « Clés musicologiques pour l’approche du legs de Mīhā’īl Maššāqa », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 115-182.

Résumé
L’Épître a-š-šihābiyya du théoricien libanais Mīhā’īl Maššāqa (1800-1888) est une œuvre musicologique pionnière qui comprend un exposé approfondi du système mélodique de la tradition musicale arabe, profane et initiatique du Proche-Orient, telle qu’elle se présente au commencement du mouvement de la Renaissance culturelle et politique arabe, et un important corpus de quatre-vingt-quinze mélodies données en exemplification des modes. Ce dossier propose des clés musicologiques pour l’approche du legs de Maššāqa. Après un bref aperçu biographique, est effectuée une contextualisation diachronique de la synthèse systémique proposée par cet auteur, notamment l’historiographie de la question épineuse de la structuration des matrices scalaires type et générale de cette tradition. Cette analyse ouvre la voie à l’étude du corpus mélodique modal modèle légué et à un essai de transcription

Abstract
The a-š-Šihābiyya Epistle written by the Lebanese theorist Mīhā’īl Maššāqa (1800-1888) is a pioneer musicological work. It includes an in-depth outline about the melodic system of the Near East Arabic, secular, and initiatory musical tradition, as it appears at the eve of the cultural and political Arabic Renaissance movement. It also contains an important corpus of ninety five notated melodies given as an exemplification of the modes. This research suggests some musicological keys that are helpful for studying Maššāqa’s legacy. After a short biographical overview, a diachronic contextualization of the systemic synthesis proposed by Maššāqa is carried out. The historiography of the complex issue of structuring the typical and the general scale matrixes of this tradition is summarized; this leads to an analysis of the exemplary melodic corpus he left, and an attempt at establishing a musical transcription of this material. 

 

9. BEYHOM, Amine, 2007, « Mesures d’intervalles, méthodologie et pratique », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 1 « Musicologie générale des traditions », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 183-238.

Résumé
Les mesures d’intervalles dans les musiques traditionnelles permettent de mieux appréhender la complexité de ces musiques ; ces analyses devenant de plus en plus nécessaires, le besoin s’est fait sentir de l’établissement d’une méthodologie permettant de limiter les erreurs de mesure et de cerner au mieux les particularités de chaque performance. Après une revue des méthodes de mesure utilisées couramment dans le domaine musicologique (première partie), l’auteur propose, sur des exemples concrets, une méthodologie simple devant permettre tant de vérifier la correspondance des résultats affichés avec la réalité de la performance analysée, en réduisant le taux d’erreur constaté assez couramment dans l’application actuelle de ces procédés, que d’effectuer de premières analyses d’échelles ou de structures intervalliques. De ces analyses ressort notamment une nécessité d’utiliser des descripteurs particuliers complétant les notations « traditionnelles », et de ré-analyser par exemple le répertoire enregistré ou vivant de musiques traditionnelles européennes, assimilées à tort, selon l’auteur, à un diatonisme quelque peu approximatif. 

Abstract
As the study of Traditional Music becomes increasingly complex and detailed, interval measuring appears more and more to be a major component of musicological analysis and transcriptions. The author, through his teaching at the Antonine University in Lebanon, has perceived an urgent need among his students for an appropriate methodology that minimizes errors in pitch and interval measuring. After reviewing the main methods used today to determine pitches (and generally resulting in ethnomusicological transcriptions), the author proposes a methodology and unfolds a set of analyses underlining, following the example of music from Brittany, the need to revise the 19th and 20th Century transcriptions, particularly in the realm of European Traditional music.

Revue des Traditions Musicales – Numéro 2

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2008, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 7-8.

 

2. PICARD, François, 2008, « Parole, déclamation, récitation, cantillation, psalmodie, chant », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 9-24.

Résumé
L’article propose de réexaminer les rapports entre parole, déclamation, récitation, cantillation, psalmodie, chant dans des termes qui réconcilient musicologie généralisée et anthropologie religieuse, ou si l’on veut le particulier et le général. Les modes d’énonciation orale apparaissent ainsi comme des données universelles, mais seulement universellement à disposition, et mis en œuvre ou non ici ou là ; de plus, ces différents modes, et surtout leurs frontières ou leurs appellations, sont analysés en termes de différenciation, de processus de distinction correspondant le plus souvent à des fonctions particulières dans l’univers culturel, en particulier dans sa dimension religieuse. On évite ainsi de ramener tous les phénomènes observables à un vocabulaire hérité du catholicisme romain, tout en permettant des compréhensions largement ouvertes sur les cultures dans leur diversité comme dans leur unité anthropologique. On passe donc de l’étude des catégories verbalisées comme dans le bouddhisme chinois à l’étude acoustique de l’enregistrement, ici par exemple de chants religieux corses.

Abstract
It is already well known that the space between saying and singing can be occupied by various steps, including what is generally known as “chanting”. Rather than try to define it as a pseudo universal, this paper proposes to see how the universal possibility of human voice to develop refined distinctions and nuances between speech and music is here (Buddhist China and Chinese opera) and there (Catholic Corsica) used as a social distinction between texts or situations and as a way to introduce an esthetic element in the dimension of the spiritual.

 

3. LAGRANGE, Frédéric, 2008, « Réflexions sur quelques enregistrements de cantillation coranique en Égypte (de l’ère du disque 78 tours à l’époque moderne) », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 25-56.

Résumé
L'esthétique du taǧwīd coranique, qui informe en Égypte la musique profane et s'en nourrit parallèlement, semble avoir subi peu de transformations au cours du XXe siècle. Néanmoins, les premiers enregistrements de cantillation sur support 78 tours au début du XXe siècle révèlent certaines particularités aidant à cerner les composantes de cette esthétique, comme le montrera une comparaison d'enregistrements d'époque diverses d'extraits de la sourate Yūsuf.

Abstract
The aesthetics of Kuranic taǧwīd in Egypt, which feed secular music and are partly influenced by it as well, seem to have undergone few transformations throughout the 20th century. Early recordings of cantillation on 78rpm disks reveal some idiosyncrasies of taǧwīd and help define the principal elements of these aesthetics, as shown through a comparison of selected verses from Surat Yūsuf, recorded at various periods.

 

4. AMAR, Jean-Philippe, 2008, « Réflexions sur la Thora cantillée », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 57-78.

Résumé
La lecture de la Thora, le Pentateuque, constitue le moment essentiel du culte synagogal. Cette lecture chantée, malgré la variété des rites d’interprétation, est basée sur le même système des teamim, mis au point par les massorètes à Tibériade au cours du Moyen Âge, qui laisse donc à l’interprète une marge de liberté relative, dans le respect du texte. Cet article est une réflexion sur les principes de la cantillation juive à travers les notions de transmission du message divin, d’interprétation de celui-ci et enfin de création de sens dans une approche herméneutique de la pratique de la lecture rituelle chantée. L’absence de voyelles, de ponctuation et de blanc entre les mots est une absence créatrice qui invite à la recherche de sens des textes sacrés. La cantillation, par son mode de fonctionnement, peut être un outil de cette recherche. On se propose ici de rapprocher la pratique de la cantillation publique de la Thora et celle de son interprétation talmudique, de rapprocher l’interprétation musicale et l’interprétation herméneutique. Du moins, au niveau théorique. Chanter le texte lui donne du sens et s’inscrit ainsi dans la tradition essentielle au judaïsme d’interprétation du message divin.

Abstract
The reading of the Torah, the Pentateuch, constitutes the essential moment of a synagogue service. This cantillation, in spite of the variety in its interpretation, is rendered in accordance with the teamim system perfected by the Masoretes of Tiberias during the Middle Ages, a system which allows the interpreter a measure of freedom. This article is a reflection on Jewish cantillation principles, encompassing notions of transmission of the divine message, its interpretation, and the creation of meaning through a hermeneutic approach to the practice of sung ritual reading. Vowels, punctuation, and spaces between words are all missing; their absence is a creative one that invites inquiry into the meanings of sacred texts. Cantillation, by its mode of functioning, can be a tool of this research. The author tries to bring together the public Torah cantillation practice and its Talmudic interpretation, to bring musical interpretation and hermeneutic interpretation closer – at least on a theoretical level. Singing the text gives meaning and is thus in line with the essential Jewish tradition of interpretation of the divine message.

 

5. MEEUS, Nicolas, 2008, « Vox et littera dans la théorie musicale médiévale », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 79-88.

Résumé
Vox, au moyen âge comme en latin classique, est le nom de ce que nous appelons aujourd’hui « note » ; c’est l’équivalent du grec φθόγγος, qui désigne une hauteur « rationnelle », intégrée dans un système de relations qui constitue le système musical. Mais la note a aussi un autre nom, littera, qui renvoie à la notation alphabétique inscrite sous la corde du monocorde. Une analyse plus détaillée de quelques textes théoriques médiévaux montre que si littera désigne la position de la note dans l’échelle, vox se rapporte plutôt à sa fonction mélodique, celle qui sera désignée à partir du xie siècle par les syllabes de la solmisation. La disparition, à la fin du moyen âge, de la notion recouverte par le terme vox est un indice de l’abandon progressif de la pensée modale dans la théorie musicale occidentale.

Abstract
Vox, in the Middle Ages as in classical Latin, is the name given to what we today call a “note”; it is an equivalent to the Greek φθόγγος, denoting a “rational” pitch, integrated in a system of relations that is the musical system itself. But the note also has another name, littera, referring to the alphabetical notation inscribed under the monochord string. A closer reading of some medieval treatises shows that while littera indicates the position of the note in the scale, vox concerns its melodic function, that which from the 11th century onwards is denoted by solmisation syllables. The disappearance, at the end of the middle ages, of the very concept covered by the term vox is a token of the obsolescence of modal thinking in the Occidental music theory.

 

6. ABOU MRAD, Nidaa, 2008, « Prolégomènes à une approche vectorielle neumatique de la modalité », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 89-128.

Résumé
Les approches quantitatives des échelles accaparant, depuis l’Antiquité, l’essentiel des écrits théoriques sur la modalité, le versant motivique de celle-ci est généralement l’apanage d’énoncés descriptifs qualitatifs. Faisant pendant, dans le champ des monodies modales traditionnelles, au concept de vecteur harmonique, la notion de vecteur neumatique permet d’encoder et de quantifier une évolution motivique-type observée au sein d’une ossature scalaire donnée. Comme cette démarche s’appuie sur le principe de polarité modale, initialement établi dans le domaine ecclésiastique latin médiéval, cet article propose une mise à plat des approches typologiques modales scalaires usuelles, associée à une déconstruction de la notion de prépondérance du diatonisme dans les traditions ecclésiastiques, et ce, en préalable à la mise en place d’une procédure modélisatrice ouvrant la voie à une comparaison de la modalité entre différents territoires musicaux traditionnels.

Abstract
While quantitative approaches to scales have dominated theoretical writings on modality since antiquity, the motivic aspect of modality has generally been limited to qualitative descriptive statements. As counterpart to the concept of harmonic vector, in traditional modal monody, the notion of neumatic vector allows the encoding and quantification of motivic development observed within a given scalar framework. Since this process relies on the principle of modal polarity initially established in the Medieval Latin ecclesiastical domain, this article lays out typological approaches for modal scales, associated with deconstruction of the notion of the predominance of diatonicism in the ecclesiastical traditions, as a preliminary to setting up a model procedure opening the way to comparison of modality among various territories of musical tradition.

 

7. FATEMI, Sasan, 2008, « Le tasnif iranien ancien, sa rationalisation et son rapport avec les genres vocaux religieux », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 129-148.

Résumé
Le tasnif, genre léger de la musique classique iranienne, a donné lieu à une sorte de rationalisation du rapport texte-musique au cours de sa récente évolution. Dès le début du xxe siècle, des maîtres tentent de le faire sortir de la sphère populaire en supprimant ses caractéristiques jugées vulgaires. Une théorisation moderniste du rapport texte-musique surgit de cette tentative. Elle remet en cause la validité des compositions vocales des Anciens en les accusant d’avoir ignoré les règles « logiques » - métriques et mélodiques - de musicalisation de la parole. Les théoriciens traditionalistes, tout en acceptant le bien-fondé de ces règles, défendent les maîtres anciens contre l’accusation d’irrationalité en proposant l’hypothèse selon laquelle tous les cas de non correspondance entre texte et musique dans les tasnif-s des Anciens seraient le résultat d’adaptations mal effectuées de mélodies de chants religieux de la catégorie nowhe à des paroles profanes. L’objet de cet article est de montrer que la non-soumission de la musique au texte, plutôt que de constituer une erreur aux yeux de normes rationalistes modernistes inopérantes au xixe siècle, constitue bien un trait stylistique traditionnel dans le domaine des compositions vocales iraniennes à rythmique mesurée, dans la double sphère profane et religieuse.

Abstract
The tasnif, a light genre of Iranian classical music, underwent a kind of rationalization of its text-music relationship during its recent evolution. As early as the beginning of the 20th century, a few masters tried to bring the tasnif out of the popular sphere by removing characteristics considered to be vulgar. A modernist theory of the relationship between music and text emerges from this attempt. It challenges the validity of vocal compositions by the ancient masters, accusing them of having been unaware of the “logical” rules – metric and melodic – of setting text to music. Traditionalist theoreticians, while accepting the soundness of these rules, defend the ancient masters against the accusation of irrationality by advancing the hypothesis that cases of non-correspondence between text and music in the old tasnif result from poorly executed adaptations of religious melodies of the nowhe category to secular words. The objective of this article is to show that this kind of non-correspondence, rather than being an error according to rational modernist standards not applicable to the 19th century, actually constitutes a traditional stylistic trait of Iranian vocal compositions in measured rhythm at the intersection of the sacred and the secular.

 

8. MAKHLOUF, Hamdi, 2008, « Dimension musicothérapeutique du rite Ṣṫumbālī de Sfax (Tunisie) », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 2 « Musicologie des traditions religieuses », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 149-166.

Résumé
Cet article propose une étude du rituel du Ṣṭumbālī (communauté noire afro-maghrébine) de la ville de Sfax en Tunisie. L’analyse se concentre sur l’articulation de la dimension thérapeutique de ce rituel avec la pratique musicale. Les caractéristiques musicales structurelles sont corrélées aux aspects rituels, notamment la danse et la transe, en tenant compte de l’intégration du système de croyance inhérent à cette tradition, relevant à la fois des dogmes de l’Islam et des directives de l’ascétisme soufi et de l’animisme maraboutique.

Abstract
This article contributes a study of the ritual of the Ṣṭumbālī (an Afro-Maghrebi community) of Sfax, Tunisia. The analysis concentrates on the links between musical practice and the therapeutic dimension of this ritual. The structural characteristics of the music are correlated with ritual aspects, notably dance and trance, while accounting for integration of the belief system that is inherent in this tradition, and at the same time noting dogma from Islam along with directives from Sufi asceticism and from Marabout animism.

Revue des Traditions Musicales – Numéro 2

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2009, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 3 « Systèmes mélodiques », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 7.

 

2. MEEUS, Nicolas, 2009, « L’origine de l’octave courte » [“The origin of the short octave”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 3 « Systèmes mélodiques », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 9-22.

Résumé
Contrairement à une idée répandue, l’octave courte n’est probablement pas née d’abord à l’orgue. Il n’en existe pratiquement aucune mention antérieure au xvie siècle. Même ensuite, rares sont les documents de facture d’orgue qui fassent mention de l’octave courte avant le xviie siècle. Elle est mentionnée plus souvent dans des textes concernant les instruments à clavier. Mais un examen du répertoire révèle une anomalie : si une majorité de pièces ne descendent pas sous fa1 et n’ont donc pas besoin de l’octave courte, un certain nombre d’autres demandent des degrés chromatiques dans la première octave et excèdent donc les possibilités de l’octave courte. On s’aperçoit cependant que ces pièces ne font généralement usage que de huit degrés dans la première octave : il apparaît alors qu’elles sont jouables sur un clavier à huit touches dans l’octave grave (c’est le cas des claviers à octave courte), moyennant un accord spécifique en fonction des besoins de chaque pièce. L’octave courte est née donc comme une scordatura, donnant aux instruments à clavier à cordes des possibilités qui, à l’orgue, pouvaient être prises en charge par le pédalier.

Abstract
“The origin of the short octave”
Contrarily to a common prejudice, the short octave probably did not originate at the organ. It is so to say never mentioned before the 16th century. Even later, the documents dealing with organ making that make a mention of the short octave remain rare until the 17th century. It is more often mentioned in texts concerning stringed keyboard instruments. But an examination of the repertory reveals an anomaly: if a majority of pieces do not go lower than F and therefore have no need of the short octave, some others require chromatic degrees in the lower octave and exceed the possibilities of the short octave. However, it can be shown that these pieces usually require no more than eight degrees in the lowest octave: they can be played on a keyboard with eight keys in the first octave (as is the case with the short octave), pending specific retunings according to the needs of each piece. The short octave arose therefore as a scordatura, creating for the stringed keyboard instruments possibilities that, at the organ, could be dealt with by the pedal keyboard.

 

3. PICARD, François, 2009, « Analyse paradigmatique et synoptique de quelques airs de Nanyin » [“Paradigmatical and Synoptical Analysis: A study of some Nanyin tunes”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 3 « Systèmes mélodiques », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 23-36.

Résumé
La musique du Nanyin (Nanguan) du Fujian méridional et de Taiwan est complexe, raffinée, bien documentée (partitions, enregistrements, ouvrages) et suffisamment autonome vis-à-vis des autres musiques de Chine et d’Asie pour pouvoir être étudiée en tant que système. En prélude à une remise à plat, plus que jamais nécessaire, de l’outil connu sous le nom d’« analyse paradigmatique », il a paru intéressant de montrer et valoriser quelques usages des présentations analytiques, en particulier la présentation synoptique.

Abstract
“Paradigmatical and Synoptical Analysis: A study of some Nanyin tunes”
Before a strong refoundation of the analytical tool known as « paradigmatic analysis » can be tempted, it seems fair to examine and propose a few ways of analysing through the parallel presentation of variations and variants. This is best done through a precious and precise corpus such as the Nanyin (Nanguan) from Southern Fujian and Taiwan.

 

4. ABOU MRAD, Nidaa, 2009, « Procédure d’investigation micromodale des traditions musicales du Proche-Orient » [“A Procedure for Micromodal Investigation of the Musical Traditions of the Middle East”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 3 « Systèmes mélodiques », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 37-74.

Résumé
Ce texte propose une procédure d’analyse et de modélisation des profils mélodiques segmentaires ou cellulaires des énoncés musicaux traditionnels du Proche-Orient. Des typologies y sont proposées pour approcher la micromodalité scalaire intervallique, en fonction de sept ossatures, la modalité nucléaire et polaire, à partir de trois cordes-mères et de six substrats, et la modalité formulaire, selon une cinquantaine de types vectoriels neumatiques. Par-delà la diversité des corpus traditionnels visés, est pressentie l’unité descriptive de la macromodalité lorsqu’elle est envisagée à une échelle monocellulaire.

Abstract
“A Procedure for Micromodal Investigation of the Musical Traditions of the Middle East”
This work proposes an analytical and modeling procedure for segmental or cellular melodic profiles of traditional music phrases in the Middle East. Typologies are proposed for approaching intervallic scalar micromodality according to seven frameworks, nuclear and polar modality from three cordes-mères and six substrata, and formulaic modality according to fifty neumatic vectorial types. Beyond the diversity of traditional corpora, the descriptive unity of macromodality, considered in a monocellular context, becomes apparent (English translation: Kirk-Evan Billet).

 

5. BECHEALANY, Bouchra, 2009, « La discrimination de l’ossature zalzalienne chez des enfants libanais de 8 à 12 ans et son développement par l’apprentissage » [“Discrimination of the Zalzalian Framework Among Lebanese Children of 8 to 12 Years and the Development of this Capacity Through Training”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 3 « Systèmes mélodiques », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 75-88.

Résumé
En réponse au préjugé trop répandu selon lequel les échelles modales à ossature zalzalienne constitueraient une impasse pour les enfants, le propos de l’article est de souligner la capacité de discrimination de cette structure modale caractéristique des traditions levantines chez des enfants libanais de 8 à 12 ans ainsi que l’effet de la réitération sur leur faculté d’apprentissage. La validation de cette hypothèse se base sur une étude de terrain réalisée en 2008-2009 et sur une lecture affinée de ses résultats.

Abstract
“Discrimination of the Zalzalian Framework Among Lebanese Children of 8 to 12 Years and the Development of this Capacity Through Training”
In response to the widespread preconception which holds that modal scales of Zalzalian framework constitute an impasse for children, the intent of this article is to highlight the capacity to discriminate this modal structure characteristic of Levantine tradition among Lebanese children of 8 to 12 years, as well as to show the effect of repetition on learning. The substantiation of the hypothesis is based on a field study undertaken in 2008 and 2009 and on a close reading of the results (English translation: Kirk-Evan Billet).

Revue des Traditions Musicales – Numéro 4

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2010, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 9-10.

 

2. PICARD, François, 2010, « Greniers, malles, genizah : la mise à l'écart dans le processus de transmission traditionnelle » [“Trunk, Warehouse, Store. Hiding Away as a Process in Traditional Transmission”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 11-24.

Résumé
Il y a plus de cent ans s’instaure un processus : les ethnographes sont dotés d’outils modernes d’enregistrement ; au retour, ils restituent le matériel, il leur est donnée copie de leurs enregistrements, l’original, la matrice et une copie sont conservées dans des archives. S’il est aisé de situer une telle pratique du point de vue de la science avec pour modèle les sciences naturelles, il est possible aussi d’y voir un procédé mis en œuvre dans la tradition, celui de la mise à l’écart d’objets (marionnettes, masques, livrets) qui ne servent plus afin qu’ils soient redécouverts plus tard. Cette mise à l’écart se fait principalement dans des greniers, mais aussi parfois dans des malles ou panières. Une musique analysée par Hornbostel permettra de suivre ce cheminement.

Abstract
“Trunk, Warehouse, Store. Hiding Away as a Process in Traditional Transmission”
A century ago began the process of collecting recordings from faraway, which where eventually analyzed and kept in archives. If it is easy to rely this process to the natural sciences, it should be also related to a process allowed by the traditions: to hide an object, a puppet, a mask, a booklet, a book, in a place where it can be later discovered. The place to hide it can be underground, or a loft, a trunk, a store. A music analyzed by Hornbostel will be our Ariadne’s thread.

 

3. ABOU MRAD, Nidaa et BECHEALANY, Bouchra, 2010, « La transmission musicale traditionnelle en contexte arabe oriental face à la partition et à l’archive sonore » [“The Traditional Musical Transmission in Eastern Arab Context in view of the Score and the Sound Archive”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 25-42.

Résumé
La transmission traditionnelle de la musique d’art arabe du Proche-Orient repose sur l’acquisition par l’audition d’un corpus canonique et sur l’initiation de maître à disciple, développant les facultés herméneutiques et créatives. L’interférence de la modernité incite à l’emploi de nouvelles médiations telles que l’enregistrement sonore et la partition et induit des mutations acculturatives. Cet article propose une approche de la relation dialectique s’instaurant ainsi entre l’initiation traditionnelle et la médiation moderne de la partition et de l’écoute des archives, du double point de vue de la musicologie générale et des sciences de l’éducation musicale, avec, à la clé, une reformulation de l’usage pédagogique de ces supports dans le sens de leur inféodation au prérequis du protocole herméneutique.

Abstract
“The Traditional Musical Transmission in Eastern Arab Context in view of the Score and the Sound Archive”
The traditional transmission of the Arab art music of the Near East is based on the aural acquisition of a canonical corpus and on the initiation process from master to disciple, that cultivates hermeneutic and creative faculties. The interference of modernity stimulates the use of new mediations such as the sound recording and the score, and induces acculturative mutations. This paper suggests an approach of the dialectical relationship established between the traditional initiation and the modern mediation of score and archive’s listening, from the double point of view of the general musicology and the science of music education, while trying to reformulate and integrate the pedagogical use of these mediums within the prerequisites of the hermeneutical protocol.

 

4. LAGRANGE, Frédéric, 2010, « Formes improvisées, semi-improvisées et fixées : le disque 78 tours comme source d’information » [“Improvised, Semi-improvised and Fixed Forms: the 78rpm Record as a Source of Information”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 43-52.

Résumé
Dans quelle mesure le disque 78 tours peut-il aider à cerner la réalité des pratiques dans le domaine de la musique savante arabe en Égypte au tournant du xxe siècle ? La question de la variation dans les formes semi-fixées comme le dōr peut désormais être traitée en profitant de la large diffusion des collections d’enregistrements anciens sur les supports numériques et l’Internet, dans une approche comparative des interprétations d’une même pièce qui permet de déceler une « politique des interprètes », qu’on recherche ici chez le chantre Yūsuf al-Manyalāwī (m. 1911).

Abstract
“Improvised, Semi-improvised and Fixed Forms: the 78rpm Record as a Source of Information”
To which extent can 78rpm recordings help mapping the reality of live performances in the field of Arabic art music in Egypt at the turn of the 20th century? The question of variation in semi-fixed forms such as the dōr can now be approached from a comparative perspective, taking advantage of the wide diffusion of ancient recordings collections now available as digital documents on the Internet. Different recordings of the same piece enable researchers to identify a "policy of interpretation" particular to vocalists, as here in the case of Yūsuf al-Manyalāwī (d. 1911).

 

5. ABDALLAH, Tarek, 2010, « L’évolution de l’art du ‘ūd égyptien en solo à l’aune du 78 tours » [“The Evolution of the Art of Egyptian ‘Ud in Solo in View of the 78 rpm Record”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 53-66.

Résumé
Ce texte propose une étude analytique de la contribution du disque 78 tours à l’essor de l’art du ‘ūd égyptien en solo, sur la période 1910-1930, et de l’influence de ce médium sur cet art dans ses composantes formelles, organologiques et techniques. L’analyse des documents sonores met en exergue l’influence des contraintes du format du support sur le développement d’une musique instrumentale autonome (particulièrement, samā‘ī et taqsīm) et permet d’élaborer une typologie des modes de jeu des mains droite (rīša, octaviation, zīr bam) et gauche (baṣm), constituant la signature caractéristique de l’école égyptienne et le moyen par lequel les solistes marquent leurs différences stylistiques.

Abstract
“The Evolution of the Art of Egyptian ‘Ūd in Solo in View of the 78 rpm Record”
This paper proposes an analytical study of the contribution of the 78-rpm disc in the evolution of the art of Egyptian ‘ūd in solo during the period 1910-1930, and of the influence of this medium on this art regarding forms, instrumental manufacture, and technical components. The analysis of these recordings permits to show the influence of the recording format constraints on the development of an independent instrumental music (in particular, taqsīm and samā‘ī) and permits to elaborate a typology about the modes of playing (with the right hand: rīša, octaviation, zīr bam – and with the left hand: baṣm) which constitute together a characteristic signature of the Egyptian school, and the manner through which each soloist marks his own style.

 

6. GABRY, Séverine, 2010, « L’enregistrement des chants coptes. Vers une fossilisation du répertoire ? » [The Coptic Songs Recording. Towards a fossilization of the repertory?], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 67-83.

Résumé
Ragheb Moftah (1898-2001) est le premier Égyptien à s’être investi dans l’enregistrement des chants liturgiques coptes dès le début du xxe siècle. Depuis, grâce à la volonté toujours plus tenace des coptes de sauvegarder leur patrimoine musical et à la démocratisation du numérique – un simple téléphone portable faisant à présent l’affaire pour enregistrer –, les enregistrements de tout type sont devenus pléthoriques. En contexte patent de crise identitaire dans un pays où l’Islam s’impose de facto comme religion d’état, quels sont les ressorts de cette profusion d’enregistrements promue par la communauté copte ? Quels en sont les buts et, surtout, les conséquences ? Au vu de ces questionnements, l’objectif de cet article est de souligner trois aspects liés à l’enregistrement des chants coptes : la conservation d’un patrimoine jugé en perdition, la possibilité d’un apprentissage démocratisé et la mise en place d’un outil ethnomusicologique permettant les études en diachronie.

Abstract
“The Coptic Songs Recording. Towards a fossilization of the repertory?”
Ragheb Moftah (1898-2001) is the first Egyptian to have worked about the recording of Coptic liturgical hymns from the beginning of the twentieth century. Since then, thanks to the Copts willingness to preserve their musical heritage and the democratization of digital technology - a mobile phone is now enough to record - recordings of Coptic hymns and Coptic songs have become plethoric. In a context of confrontation with the militant Islam in which the Coptic community becomes more and more a minority, what are the causes of this profusion of recordings promoted by the Coptic community? And what are its goals, and especially its consequences? Hence, the objective of this paper is to highlight three aspects of the Coptic songs recording: the conservation of a heritage considered in trouble, the possibility of an accessible learning both urban and rural context, and, finally, the development of a tool to study ethnomusicology in a diachronic perspective.

 

7. GAYTE, Francis, 2010, « L’hymne Agni Parthene » [Agni Parthene Hymn], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 83-108.

Résumé
L’hymne Agni Parthene, louange à la Vierge, composée au début du xxe s. et mise en musique à l’époque du développement des productions et consommations médiatiques à grande échelle, est devenue une sorte de succès international, traduite, adaptée, acculturée à divers contextes musico-linguistiques. Comment s’explique ce succès ? Les caractéristiques compositionnelles de cette hymne révèlent un objet musical multi-référencé, à la fois « byzantin » et « romain », modal et tonal, oriental et occidental, à l’intérieur du monastère et sur l’agora.

Abstract
“Agni Parthene Hymn”
Agni Parthene is a hymn of praise to the Virgin, written in the early years of the XXth c., and set to music while worldwide mediatic consumering productions were developing. It has become since then a sort of international popular hit, as it was adapted, translated, acculturated to and from various musico-linguistic contexts. How can this success be explained? The compositional characteristics of this hymn out veil a multi-referenced object, both “Byzantine” and “Roman”, modal and tonal, eastern and western, in the monastery and on the agora.

 

8. ABOU MRAD, Nidaa, 2010, « Postlude : l’acculturation de quelques documents enregistrés entre exotisme isotopique et mutation allotopique » [“The Traditional Musical Transmission in Eastern Arab Context in view of the Score and the Sound Archive”], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 4 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 109-116.

Revue des Traditions Musicales – Numéro 5

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2011, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 9.

 

2. DURING, Jean, 2011, « Du sillon du disque aux replis de la mémoire : Le cas de l’Asie intérieure » [From the 78-rpm groove to the recesses of memory], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 11-26.

Résumé
L’apparition et le développement des enregistrements de musique orientale il y a plus d’un siècle doivent s’appréhender comme un moment d’une longue entreprise de fixation des mélodies et des rythmes remontant aux premières tentatives de transcription des Scolastiques. Le rouleau de cire opère sur le mode anecdotique, à l’instar d’un daguerréotype ou d’un instantané photographique, puis le 78 tours sur le mode de la reproduction d’un événement, comparable à un film précédé par un script, lequel, dans le cas de la musique est préalablement fixé dans la mémoire, et peut devenir un modèle aussi prescriptif que des notations. Enregistrements et notations sont à envisager dans leur relation dialectique et dans leur interférence avec la mémoire, à condition de préciser la nature de cette mémoire. Cet article s’appuie sur des cas tirés de l’histoire moderne des cultures d’Asie intérieure. Il esquisse une modélisation des différents modes de mémorisation qui s’étendent depuis ces expériences marquantes qui sont au cœur de la notion de Tradition/Transmission, jusqu’à la reproduction mécanique de modèles fixés par l’écriture, la gravure, l’empreinte magnétique ou numérique ; soit encore, de la mémoire subjective jusqu’à l’amnésie comme moteur de la créativité, de la mémorialisation jusqu’à la patrimonialisation comme processus de dévitalisation.

Abstract
“From the 78-rpm groove to the recesses of memory”
The emergence and development of Eastern music recordings since over a century is approached here as a moment of a long process of fixing melodies and rhythms dating back to early attempts of transcription by the Scholastics. The wax cylinder was operating on the anecdotal mode, like a daguerreotype or a snapshot, then the 78 rpm on the mode of reproduction of an event, comparable to a film preceded by a script, which in the case of music is first fixed in memory, and can become a prescriptive model as efficient as notations. The recordings and notations should be considered in a dialectical relationship and in their interaction with the memory, provided that the nature of this memory would be clarified. This article is based on cases from the history of modern cultures of Inner Asia. It outlines the different modes of memorization that extend from deep experiences that are at the heart of the notion of tradition / transmission, to the mechanical reproduction crystallized by the notations, the disc recording, or the magnetic or digital data. That is to say, from subjective memory to amnesia as a condition for creativity, from patrimonialization to memorialization as a process of dévitalization.

 

3. BILLIET, Frédéric, 2011, « Le chant des moines de Solesmes : Un siècle d’enregistrements » [The Singing of Solesmes Monks: A Century of Recordings], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 27-40.

Résumé
La collection de disques des moines de l’Abbaye de Solesmes est un témoignage précieux d’une tradition d’interprétation chantée et enregistrée dans un même lieu pendant presqu’un siècle. Frédéric Billiet a choisi d’examiner la production des disques de Solesmes en posant deux questions : (1) que révèle la discographie sur la tradition d’interprétation de Solesmes ? (2) quelle est l’influence de cette discographie sur les interprètes du XXe siècle ? En effet, l’écoute des disques, enregistrés sur une si longue durée par une même communauté, permet, d’une part, de discerner les caractéristiques de ce style d’interprétation de Solesmes qui s’est imposé au monde pendant le XXe siècle, et d’autre part, de percevoir les différences avec les chants notés publiés par cette Abbaye. Sans le disque, la simple analyse des livres de Solesmes ne rendrait pas compte de la réalité du chant de Solesmes et de ses modes de transmission. L’influence de cette transmission sur les interprètes est ensuite étudiée en distinguant deux catégories : les pratiquants interprétant le chant comme une prière chantée et les interprètes d’un patrimoine musical. L’étude cherchera à dissiper la confusion au sujet du chant de Solesmes qui, par le disque, a été retenu comme un modèle musicologique alors qu’il devrait toujours être considéré comme un chant monastique dont la diffusion sert d’abord et avant tout la prière qu’il porte.

Abstract
“The Singing of Solesmes Monks: A Century of Recordings”
The record collection of the monks of Solesmes Abbey is a valuable testimony of an interpretative tradition sung and recorded in the same place for almost a century. Frédéric Billiet chose to examine the production records of Solesmes with two questions: (1) what reveals the discography on the interpretative tradition of Solesmes? (2) what is the influence of this discography on the performers of the twentieth century? Indeed, listening to the discs, recorded over such a long time by the same community, allows on the one hand, to discern the characteristics of this style of interpretation of Solesmes that imposed itself among the world during the twentieth century and secondly, to perceive the differences with the published songs recorded by the Abbey. Without the disk, a simple analysis of Solesmes books would not reflect the reality of the song of Solesmes and its modes of transmission. The influence of this transmission on the performers is then studied by distinguishing two categories: practicing singing the song as sung prayer and performers of a musical heritage. The study will seek to dispel confusion about the song of Solesmes, which by the disc, was selected as a musicological model when it should always be considered as a monastic chant whose distribution is first and foremost prayer it wears.

 

4. RACY, Ali Jihad, 2011, "Sound Recording in the Life of Early Arab-American Immigrants" [L’enregistrement sonore dans la vie des premiers immigrants arabo-américains], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 41-52.

Résumé
Cet article explore l’histoire de l’enregistrement sonore commercial dans l’expérience arabo-américaine et son territoire culturel et artistique. L’accent est mis sur les disques 78 tours produits par les sociétés arabo-étatsuniennes, en grande partie entre la Première Guerre mondiale et le début des années 1950, et à des disques produits par la diaspora arabe au Brésil dans une perspective comparable. En plus de proposer une documentation historique du processus d’enregistrement des musiques arabes en Occident, l’article examine un échantillon représentatif des enregistrements et des textes attenants pour l’époque étudiée. Le contenu musical est analysé en termes de genres compositionnels, de techniques stylistiques, d’instrumentation, et de transformation musicale. De façon comparable, les textes chantés sont étudiés en termes de forme poétique, de thématique, et du renouvellement de celle-ci au fil du temps. Parmi les principales questions envisagées sont: a) la façon dont le contenu enregistré a servi de lien musical et culturel entre la diaspora et la patrie et b) comment l’industrie du disque locale reflète l’expérience vécue des immigrants, en médiatisant les voix et les préoccupations des immigrés et reflétant leur environnement ethnique et musical complexe. Cette recherche met en lumière le rôle de l’enregistrement sonore dans l’élaboration de la vie diasporique, ainsi que les voies qu’emprunte la créativité artistique dans sa contribution à la construction des identités individuelles et communautaires.

Abstract
“L’enregistrement sonore dans la vie des premiers immigrants arabo-américains”
This article explores the history and the cultural and artistic place of commercial sound recording in the Arab-American experience. The focus is on 78-rpm discs produced by Arab-American companies, largely between World War I and the early 1950s, and to some extent comparable discs from the Arab diaspora in Brazil. Besides documenting the historical precedents of recording Arab music in the West, the article examines a representative sample of record releases from the era under investigation. The musical content is analyzed in terms of compositional genres, stylistic techniques, instrumentation, and manifestations of musical change. Comparably, the lyrics are studied in terms of poetic form, subject matter, and how the thematic content has changed over time. Among the major issues are a) how the recorded content served as a musical and cultural link between the immigrant world and the homeland, and b) how the local record industry reflected the lived immigrant experience, thus mediating the immigrants’ voices and concerns, as well as mirroring their complex ethnic and musical environment. The study sheds light on the role of sound recording in shaping diasporic life, as well as on the ways in which artistic creativity contributes to the construction of individual and community identities.

 

5. ABOU MRAD, Nidaa, 2011, « Unité sémiotique de la qaṣīda à répons chez Yūsuf al-Manyalāwī » [Semiotic Unity of Responsorial Qaṣīda in Yūsuf al-Manyalāwī Recordings], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 53-74.

Résumé
Cet article propose une étude sémiotique de la modalité de la qaṣīda muwaqqa’a ‘alā al-waḥda, importante forme vocale arabe apparue à la fin du xixe s. en Égypte, et pérennisée notamment grâce aux 78 tours enregistrés par le cheikh Yūsuf al-Manyalāwī (vers 1847-1911). Cette forme hybride fait alterner la cantillation improvisée (et métriquement mesurée binaire) des vers avec un répons au texte polysémique (mystique vs profane), dit des censeurs. Par-delà sa fonction d’interface (prélude/interlude instrumental/postlude), celui-ci constitue un modèle saillant pour la musicalisation d’une qaṣīda. Cette hypothèse assigne au mode d’articulation mélodique de ce répons et à son schème cadentiel le rôle de référentiel unitaire pour la distinction des traits pertinents des formules cantillatoires et de repère modal unifiant pour la significativité intrinsèque de l’énonciation musicale de la qaṣīda.

Abstract
“Semiotic Unity of Responsorial Qaṣīda in Yūsuf al-Manyalāwī Recordings”
This paper proposes a semiotic study of the modality of the qaṣīda muwaqqa’a ‘alā al-waḥda, an important Arab vocal form which appeared in the late 19th c. in Egypt, and perpetuated thanks to the 78rpm recorded by Sheikh Yūsuf al-Manyalāwī (c. 1847-1911). This hybrid form alternates the verses’ improvised cantillation (on a binary measure) with the polysemic (mystic vs. secular) Response of the Censors. Beyond its interface (prelude/instrumental interlude/postlude) function, this response is a model for the musicalization of a qaṣīda. This hypothesis assigns to the melodic articulation mode of the response —and particularly of its cadential scheme— the role of (1) unitary referential to identify the relevant features of the cantillation formulas and (2) unifying reference modal point for the intrinsic significance of this qaṣīda musical utterance.

 

6. FATEMI, Sasan, 2011, « Le mawrigi de Boukhara : Une musique de fête d’origine iranienne en Asie centrale » [The Mawrigi of Boukhara : An Iranian-born Music of Festivities in Central Asia], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 75-96.

Résumé
Traditionnellement à Boukhara la musique de fête des réunions masculines est une musique immigrée dont l’origine, comme son nom, mawrigi, l’indique, doit être cherchée dans le passé d’une ville millénaire, Merv, qui se trouve actuellement au sud du Turkménistan. Cette musique est interprétée par les musiciens masculins d’une minorité chiite de Boukhara qui s’appelle irâni du fait qu’elle est considérée comme descendant des habitants de Merv, ville qui a été longtemps gouvernée par les Iraniens chiites à partir de l’époque safavide. Le mawrigi anime les fêtes des Boukhariotes depuis la fin du xixe siècle aux côtés d’une autre musique de fête, nommée actuellement bokhârcha par certains chercheurs, cette fois autochtone et consacrée aux réunions féminines et exécutées plutôt par les musiciennes juives. Le mawrigi depuis son succès auprès des Boukhariotes de souche s’est adapté au goût local et a changé petit à petit ses caractéristiques iraniennes surtout sur le plan modal et rythmique. Pourtant, même aujourd’hui on peut repérer certains éléments disparates et précaires de l’esthétique iranienne dans ce genre musical.

Abstract
“The Mawrigi of Boukhara : An Iranian-born Music of Festivities in Central Asia”
Traditionally in Bukhara the music of festivities for male gatherings is an immigrant music whose origin, as its name, mawrigi, indicates, must be searched in the past of an ancient city, Merv, which is situated now in the South of Turkmenistan. This music is performed by male musicians of a Shiite minority of Bukhara called irâni which is considered to be the descendant of the inhabitants of Merv, city which has long time been governed by Shia Iranians since the Safavid era. The mawrigi is performed at the festivities of the Boukhariotes since the end of the 19th century along with another musical genre, currently named bokhârcha by some researchers, which is devoted to female gatherings and is performed rather by Jewish female musicians. The mawrigi since his success at the Boukhariote society adapted itself to the local taste and has gradually changed its Iranian features mainly its modal and rhythmic characteristics. Yet, even today one can find some disparate and precarious Iranian aesthetic elements in this music.

 

7. GAYTE, Francis, 2011, « L’hymne Φῶς ἱλαρόν [Fōs Ilarōn] » [The Hymn Φῶς ἱλαρόν [Fōs Ilarōn]], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 5 « Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (2) », Baabda (Liban), Éditions de l’Université Antonine, p. 97-123.

Résumé
Quelle destinée extraordinaire que celle de Φῶς ἱλαρόν (Fōs Ilarōn, “Lumière Joyeuse”) ! Le texte en aurait été composé vers la fin du iie s. à Jérusalem, et aurait accompagné la création d’une célébration religieuse (Lucernaire) à l’origine de l’office de Vêpres ; la mélodie la plus ancienne conservée dans le corpus byzantin date du iie s. ; un très grand nombre de paroisses, tous patriarcats confondus, se sont approprié le texte original ou traduit, et en perpétuent l’usage liturgique. Mais au iie s. l’hymne vénérable a généré un corpus planétaire, grâce à l’expansion de la production audio (K7, CD, mp3), et grâce aux serveurs télénumériques comme YouTube. Unique et multiple en ses métamorphoses, elle n’en finit pas de susciter l’inspiration des compositeurs et la ferveur des assemblées, à l’église comme au concert, sur les chaînes hi-fi comme sur la Toile. Pourquoi, et comment, une telle longévité ?

Abstract
“The Hymn Φῶς ἱλαρόν [Fōs Ilarōn]”
What fate as extraordinary as that of Φῶς ἱλαρόν (Fōs Ilarōn, “Gladsome Light”)! Its lyrics are supposed to have been written toward the end of 2nd c. in Jerusalem, and would have accompanied the creation of a religious celebration (Lucernary) that later became the Office of Vespers; the earliest melody preserved in the Byzantine corpus is dated 18th c.; a very wide number of parishes, within all patriarchates, have adopted the genuine text or its translations, and perpetuate its liturgical use. But in the 21st c. this quite venerable hymn has come out of the churches and generated a quite worldwide corpus, thanks to the expansion of audio technology (K7, CD, mp3), and thanks to web servers like YouTube. At once unique and varied in its many guises, Φῶς ἱλαρόν never ceases to encourage the inspiration of composers and the fervor of audiences, in the church and at the concert as well, on Hi-Fi equipments and on the www likewise. Why, and by what means, such longevity?

Revue des Traditions Musicales – Numéro 6

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2012, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 9.

 

2. MEEUS, Nicolas, 2012, « Dans quelle mesure les monodies modales sont-elles redevables d’une sémiotique ? » [What Extent are Modal Monodies Concerned with Semiotics?], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 11-18.

Résumé
La sémiotique est la théorie de la signification. En d’autres termes, la musique n’est redevable d’une étude sémiotique qu’à la condition qu’elle signifie. La théorie de la double articulation d’André Martinet mène à considérer les unités de première articulation comme les éléments d’un lexique porteur de signification, mais les tentatives de constituer des lexiques musicaux sont en général peu convaincantes. Émile Benveniste explique cependant que le sens naît de l’intégration d’unités élémentaires dans des ensembles plus vastes. S’interroger sur la sémioticité des musiques modales, en particulier de la musique orientale amène aux réflexions que voici :
– Au niveau de seconde articulation, la musique orientale semble bien fondée sur des notes, qui en sont les éléments distinctifs, même si ces notes sont souvent de hauteur mouvante.
– Le niveau de première articulation est problématique, même si on définit la signifiance des unités comme « pertinence analytique ». Les unités « modalement pertinentes » décrites par Nidaa Abou Mrad offrent des perspectives intéressantes.
– En ce qui concerne l’intégration de ces unités dans des ensembles plus larges, il faudra construire une théorie de niveaux successifs, menant de la surface des œuvres, chargées d’ornementations, par plusieurs paliers jusqu’à la structure profonde qui s’apparente sans doute au mode lui-même.

Abstract
“What Extent are Modal Monodies Concerned with Semiotics?”
Semiotics is the theory of signification. In other words, music is concerned with semiotics only insofar as it signifies. André Martinet’s theory of the double articulation leads to considering the units of first articulation as lexical elements carriers of meaning, but attempts at constituting musical lexicons often are unconvincing. However, Émile Benveniste explains that meaning emerges from the integration of elementary units within wider sets. Questioning the semioticity of modal musics, particularly of oriental music, leads to the following reflections:
– At the level of second articulation, oriental music appears to be based on the existence of notes that are its distinctive elements, even if these notes often are of movable pitch.
– The level of first articulation remains problematic, even if the significance of the units is defined as “analytic pertinence”. The “modally pertinent” units described by Nidaa Abou Mrad offer interesting possibilities.
– For what concerns the integration of these units in wider sets, it will be necessary to build a theory of successive levels, leading from the works’ surface, loaded with ornamentations, through successive stages until the deep structure, which may link to mode itself.

 

3. LAMBERT, Jean, 2012, « Le "quanto syllabique" : métrique poétique arabe et rythmique bichrone au Yémen » [The “Quanto Syllabic”: Arabic Poetic Meter and Bichrone Rhythm in Yemen], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 19-42.

Résumé
Longtemps chez les théoriciens de la musique arabe, la métrique poétique avait servi de modèle à l’analyse du rythme, notamment chez Avicenne. Puis ce modèle a été progressivement abandonné pour un outil mathématique plus performant, ou supposé tel. Or une archéologie des relations entre métrique poétique et rythmique musicale permet de redécouvrir dans les musiques contemporaines, notamment au Yémen, des formes où métrique et rythmique font appel à une même et unique structure globale que les spécialistes de poésie arabe ont appelé "quantitative" et que les musicologues ont appelé "bichrone". L'article explore ce continuum dans trois formes mesurées et non-mesurées dans la poésie chantée yéménite. Il est remarquable que dans le cas où ce rythme acquiert une forme cyclique, c'est le pied de base du mètre poétique rajaz qui sert de modèle à des cycles rythmiques pouvant se réaliser indifféremment sous deux formes, 7/8 ou 11/8. Ainsi apparaît l'importance de cette relation cognitive entre métrique et rythmique, que j'ai choisi d'appeler « quanto syllabique » pour la distinguer d'autres formes de convergence métrico-rythmique comme le « giusto syllabique » de Constantin Brailoiu dans la poésie chantée roumaine, ou d'autres dans le monde arabe.

Abstract
“The “Quanto Syllabic”: Arabic Poetic Meter and Bichrone Rhythm in Yemen”
For a long time, among the theoreticians of Arabian music, the poetic meter had been used as a model for the analysis of rhythm, for instance by Avicenna. Then, this model was progressively left for more performing mathematical tools. Nevertheless, an “archaeological” study of the relations between poetical meter and musical rhythm allowed us to discover in the Yemeni contemporary music some forms in which meter and rhythm use quite the same global structure which specialists of Arabian poetry called “quantitative” and which musicologists called “bichrone”. The article explores these continuous relations in three forms of sung poetry in Yemen which are sometimes measured and sometime non-measured. It is noteworthy that, when these rhythms have a cyclic form, this is the basic foot of the rajaz meter which is used as the model for rhythmic cycles which can be indifferently realized as 7/8 or 11/8. Thus, appears the importance of this cognitive relation between meter and rhythm, which I chose to call “quanto syllabic”, In order to distinguish it from other forms of metrico-rhythmic convergences like the “giusto syllabic” discovered by Constantin Brailoiu in the Romanian sung poetry, as well as others in the Arab culture.

 

4. ABOU MRAD, Nidaa, 2012, « La singularité stylistique de ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī (1857-1912) » [The Stylistic Singularity of ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī (1857-1912)], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 43-66.

Résumé
Cet article propose une étude stylistique de l’œuvre interprétative traditionnelle du chanteur-improvisateur égyptien ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī (1857-1912), axée sur l’analyse sémiotique modale. Cette méthode opère une nette distinction entre un procès signifiant intrasystémique, qui est lié aux lignes des indicateurs nucléaires modaux sous-jacents des phrases mélodiques, et un procès extrasystémique, intéressant les structures de surface de ce même phrasé et ses réarrangements rythmiques, réalisés en rapport avec l’interférence de schèmes stylistiques anthropologiques culturels. Il s’agit de montrer que la singularité stylistique de ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī au sein du legs discographique de la Nahḍa repose sur le choix anticonformiste, mais néanmoins hautement traditionnel, d’une syntaxe mélodique modale (lignage nucléaire) émancipée par rapport aux contraintes culturelles contextuelles, et minimaliste dans les moyens de sa mise en œuvre : déconstruction des formes conventionnelles et de leurs références stylistiques et rythmiques externes et renforcement du caractère suspensif des clausules mélodiques, inducteur de tension.

Abstract
“The Stylistic Singularity of ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī (1857-1912)”
This article proposes a stylistic study of the interpretative traditional work of the Egyptian singer-improviser ‘Abd al-Ḥayy Ḥilmī (1857-1912), focusing on modal semiotic analysis. It makes a clear distinction between an intrasystemic signifying process, which is linked to modal nuclear indicators lines underlying melodic phrases, and an extrasystemic process, related to surface structures of this phrasing and its rhythmic rearrangements, made in accordance with interference of stylistic cultural anthropological schemas. The aim is to show that the stylistic singularity of 'Abd al-Hayy Hilmi within the Nahḍa discography is based on the nonconformist choice, but still highly traditional, of a melodic modal syntax (nuclear lineage) emancipated from cultural contextual constraints and minimalist in the means of its implementation: deconstruction of conventional forms and of their stylistic and external rhythmic references, and strengthening the suspensive property of melodic clausulae. (Translated by Joyce Akl, Centre of Languages, Antonine University).

 

5. ABOU MRAD, Nidaa et MAATOUK, Toufic, 2012, « Sémiotique modale des chants maronites du Vendredi saint » [Modal Semiotics of Maronite Good Friday Chants], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 67-80.

Résumé
Cet article propose une étude sémiotique de l’inférence des procès significatifs d’ordre théologique liturgique, liés aux notions opposées de rédemption résurrectionniste et de dolorisme crucial, dans l’élaboration grammaticale modale des chants maronites du Vendredi saint. La sémiotique modale opère une nette distinction entre le procès significatif intrasystémique, lié aux structures profondes que sont les lignes des indicateurs nucléaires des phrases mélodiques, d’une part, et, d’autre part, les procès significatifs extrasystémiques, intéressant les structures de surface de ce phrasé et ses réarrangements d’ordres rythmique et scalaire, ouverts à des interférences culturelles stylistiques. L’hypothèse que pose cet article est que l’éthos rédemptioniste et résurrectionniste de la théologie liturgique traditionnelle patristique de l’Église maronite, représentée par les hymnes anciennes de langue syriaque, est compatible avec le procès sémiotique intrasystémique, tandis que les stigmates hétérodoxes du dolorisme populaire, représenté par les chants arabophones mis au point à la fin du xixe siècle, intéressent la sémiotique extrasystémique et consistent en la bémolisation fluctuante de deux degrés d’une mélodie-type traditionnelle, induisant un éthos afflictif.

Abstract
“Modal Semiotics of Maronite Good Friday Chants”
This article proposes a semiotic study of significant theological liturgical processes inference, associated with opposing concepts of resurrectionist redemption and crucial dolorism, in the grammatical modal elaboration of Maronite Good Friday chants. The modal semiotics makes a clear distinction between the intrasystemic significant processes, related to deep structures, such as melodic phrases nuclear indicators lines, on the one hand, and, on the other hand, the extrasystemic significant processes, focusing on surface structures of this phrasing and its rhythmic and scalar rearrangements, open to cultural stylistic interferences. The hypothesis posed by this article is that the resurrectionist redemptionist ethos of the traditional patristic liturgical theology of the Maronite Church, represented by the ancient Syriac hymns, is compatible with the semiotic intrasystemic process, while heterodox stigma of popular dolorism, represented by arabophone chants developed in the late nineteenth century, focus on extrasystemic semiotics and consist of fluctuating descending alteration of two notes in a traditional melody, which induces an afflictive ethos. (Translated by Joyce Akl, Centre of Languages, Antonine University).

 

6. BECHEALANY, Bouchra, 2012, « La perception des unités sémiotiques modales chez des enfants libanais de 8 à 12 ans » [Modal Semiotics of Maronite Good Friday Chants], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 81-102.

Résumé
Cet article explore la perception auditive qu’ont les enfants des données sémiotiques modales que sont les unités formulaires, les unités distinctives (hauteurs dissociées en fonction de leur appartenance à des noyaux modaux) et les lignes nucléaires modales sous-jacentes. L’analyse des résultats d’une enquête de terrain, réalisée en 2011, auprès de 160 enfants libanais âgés de 8 à 12 ans, permet de vérifier l’existence de compétences cognitives en termes (1) de perception de l’identité structurale profonde d’énoncés musicaux monodiques modaux différents par leur habillage de surface, (2) de reconnaissance du changement de finale en tant que donnée pertinente, (3) d’appréciation des lignes grammaticales modales profondes.

Abstract
“The Perception of Modal Semiotic Units amongst Lebanese Children: 8 to 12 Years Old”
This article explores the auditory perception that children have through modal semiotic data that are the formulary and distinctive units (pitches separated according to their membership of modal nucleus) and the underlying modal nuclear lines. The analysis of results of a field survey conducted in 2011, amongst 160 Lebanese children aged 8 to 12 years old, allows to verify the existence of cognitive skills in terms of (1) perception of the deep structural identity of different monodic modal musical statements by their covering surface, (2) recognition of the final (pitch) change as a relevant data, (3) assessment of deep grammatical modal lines. (Translated by Joyce Akl, Centre of Languages, Antonine University).

 

7. CHICHOUNE, Nadjib et SALAH, Fethi, 2012, « Pour une sémiotique du timbre dans la caractérisation des styles algériens de la musique héritée d’Al-Andalus : proposition d’hypothèses » [For a Semiotics of the Timbre in the Characterization of Algerian Styles of the Music Inherited from Al-Andalus: Proposal of Hypotheses], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 103-112.

Résumé
Cet article a pour principal objectif la proposition de quelques hypothèses dans le but de fonder une sémiotique du timbre dans la musique algérienne héritée d’Al-Andalus et en particulier dans les trois styles qui sont : le Mālūf, la Çan‘a et le Ġarnāṭī. Par timbre est désignée non seulement la « couleur » des sons produits par un instrument, mais aussi tout un ensemble de paramètres et d’attributs subjectifs, socio-culturellement modelés, qui incluent la couleur globale et résultante d’un ensemble instrumental, la tenue et la technique de jeu de certains instruments, considérées comme « marqueurs stylistiques », l’hétérophonie ainsi que l’ambiance ou l’atmosphère dans laquelle est interprété ce genre musical.

Abstract
“For a Semiotics of the Timbre in the Characterization of Algerian Styles of the Music Inherited from Al-Andalus: Proposal of Hypotheses”
This article has as main objective the proposal of some hypotheses in order to found a semiotics of the timbre in the Algerian music inherited from Al-Andalus, particularly in the three styles which are: the Mālūf, the Çan‘a and the Ġarnāṭī. By timbre not only is meant the “color” of the sounds produced by an instrument, but also a set of parameters and subjective attributes, socio-culturally modeled, which include the total and resulting color from an instrumental ensemble, the behavior and the technique of playing some instruments regarded as “stylistic markers”, heterophony as well as the environment or the atmosphere in which this musical genre is interpreted.

 

8. ROYER-ARTUSO, Nicolas, 2012, « Une approche réaliste du phénomène hétérophonique (Quelque chose dépasse...) » [A Realistic Approach of the Heterophonic Phenomenon], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 113-123.

Résumé
Ce texte propose de questionner la façon dont les musicologues emploient le concept d’hétérophonie. Après une brève présentation de ce que ces derniers entendent par hétérophonie, le débat est traduit dans le langage des sciences cognitives. Avant de présenter une analyse différente du phénomène hétérophonique (une analyse dite réaliste), il est question de quelques biais partagés par les chercheurs quand ils proposent leurs modèles du phénomène en question (la théorie cognitive implicite qui sous-tend leur discours), biais qui, en tant que prémisses, ne peuvent que faire aboutir aux types de conclusions qu’ils proposent.

Abstract
“A Realistic Approach of the Heterophonic Phenomenon”
This article is an attempt to criticize the way musicologists generally use the concept of heterophony. After a brief presentation of the way they understand the concept, this debate is translated in the language of the cognitive sciences. Before presenting an alternative analysis of the heterophonic phenomenon, (a realistic approach), a large part of the text is devoted to some biases shared by the scholars when they propose their models of the phenomenon (the implicit cognitive theory underlying their discourse), biases that, as premises, do not lead to other possible conclusions than the one we find in the literature.

Revue des Traditions Musicales – Numéro 7

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2013, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 7.

 

2. DURING, Jean, 2013, « Sous sons et sur-sens. Subtilités du discours musical », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 9-28.

Résumé
Qu’est-ce qui dans une musique donnée contribue à en intensifier l’impact, et comment en rendre compte ? Cette problématique est posée dans la perspective d’une musicologie transculturelle ou « générale ». À un premier niveau, l’expressivité tient à la représentation des manifestations des affects et fonctionne par empathie. Au niveau esthétique et artistique, l’impact est davantage fonction de l’attention, de l’intellection, du discernement et du goût, et suscite des interprétations diverses relevant de l’esthétique, des sciences cognitives, de l’anthropologie antique. L’examen de données collectées dans les cultures les plus diverses suggère que l’efficacité de la musique est souvent liée à l’interférence d’éléments étrangers au système considéré : silences, suspension, dissonances, appogiatures, sous-entendus, notes dématérialisées, participent à l’émanation d’un espace sonore subtil qui s’offre à divers degrés d’herméneutique, notamment de type anagogique, qui rejoignent les notions de spissitudo spiritualis ou mundis imaginalis, et d’autres modes d’existence communs aux théosophies du Livre.
Mots clef : Musicologie transculturelle, Orient, silence, ornements, cosmologie.

Abstract
What in a given music helps to increase its impact, and how to account for it? This issue is set up in this paper in the perspective of cross-cultural or "general" musicology. At the first level, expressiveness is related to the representation of the manifestation of affects, and works by empathy. At the esthetic and artistic level the impact of music depends more of on attention, intellection, discernment and taste, and generates various interpretations falling within the aesthetic, the cognitive science, and antique anthropology. The examination of data collected in diverse cultures suggests that the efficiency of music is often linked to the interference of elements which are foreign to the system considered: silence, suspension, dissonances, grace notes, allusions, vaporised pitches, etc. contribute to the emanation of a subtle sound space which allows various hermeneutic comments, mainly of the anagogic type, which rejoins the idea of spissitudo spiritualis ormundus imaginalis, and other strata of realty common to the wisdoms of the Book.
Keywords: Transcultural musicology, Orient, silence, ornaments, cosmology.

 

3. ABOU MRAD, Nidaa et DIDI, Amer, 2013, « Le révélateur musicologique d’al-Ḥiṣnī : un précis de grammaire modale transformationnelle du XVIe siècle » [The Musicological Revealer, by Muẓaffar al-Ḥiṣnī: a sixteenth century treatise about modal transformational grammar], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 29-50.

Résumé
Cet article a pour propos une étude sémiotique de la théorie grammaticale générative transmodale qui transparaît de la décortication d’un traité inédit, écrit au XVIe siècle par Muẓaffar al-Ḥiṣnī et intitulé Le révélateur musicologique. Celui-ci a pour objectif apparent la description de dérivations complexes supposées régenter des relations génétiques entre les modes formulaires de la tradition référentielle, les réduisant à une source unique génotextuelle : la structure originelle/fondamentale du mode-fondement Rāst. Cependant et chemin faisant, ce manuscrit, comme son nom l’indique, révèle un autre ordre musical qui est celui des transformations grammaticales inhérentes à tout phénotexte appartenant à cette langue transmodale.

Abstract
“The Musicological Revealer, by Muẓaffar al-Ḥiṣnī: a sixteenth century treatise about modal transformational grammar”
This article proposes a semiotic study of the transmodal generative grammar theory that emerges through the analysis of an unpublished treatise, The Musicological Revealer, written in the sixteenth century by Muẓaffar al-Ḥiṣnī. This book apparently aims to describe the complex derivations that govern genetic relationships between the formula-based modes of the referential tradition, and to reducing those modes to a single genotextual source: the primordial/fundamental structure of the main mode Rāst. However, and along the way, this manuscript, as its name suggests, reveals another musical process which is about grammatical transformations that produce all the phenotexts that belong to this transmodal language.

 

4. ROYER-ARTUSO, Nicolas, 2013, « Pour une phonologie comparative des phénomènes de contact des musiques de l’aire du maqām » [For a phonology of contact induced processes in the music of the maqām area], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 71-86.

Résumé
Le but de cet article est de montrer en quoi les outils de l’analyse du contact linguistique peuvent nous éclairer sur certains phénomènes se produisant lors du contact entre 1) des systèmes musicaux différents et surtout 2) divers systèmes musicaux qui se ressemblent beaucoup (perçus en tant que dialectes d’une même langue musicale). Il y est question de processus d’assimilation mais aussi de phénomènes qui ne se laissent pas assimiler, en raison des divergences systémiques existantes entre les systèmes en contact. Les données sont prises aux musiques de la tradition du maqām.

Abstract
“For a phonology of contact induced processes in the music of the maqām area”
The aim of this paper is to show in what way the tools that are used in the description of contact linguistics might be useful in the analysis of some phenomenon emerging when 1) two different musical systems are in contact and more importantly 2) two relatively similar musical systems are in contact (perceived as different dialects of the same musical language). Assimilation processes as well as impossibility of assimilation due to systemic differences in the systems are discussed. The data are coming form the music of the maqām tradition.

 

5. HAMADANI, Ahmad, 2013, “Grieving and Cry-evoking Musical Factors in Iraqi ubūḏiyya whilst Commemorating Al-Imām Al-Ḥusayn” [Facteurs musicaux de la lamentation et du déclenchement des larmes dans la ubūḏiyya iraquienne commémorant l’imam Ḥusayn], Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 71-86.

Résumé
Cet article étudie les facteurs musicaux du processus de déclenchement des larmes dans l’ubūḏiyya, forme musicale de lamentation en poésie vernaculaire iraquienne. L’ubūḏiyya est traditionnellement présente en Iraq, à la fois dans des contextes religieux et séculaires : elle s’intègre en effet aux rituels chiites iraquiens de commémoration du martyr de l’imam Ḥusayn, où l’incitation lacrymale est cruciale, de même qu’elle est chantée dans des cadres profanes et sur des textes profanes. L’hypothèse centrale identifie les facteurs musicaux de l’affliction et des pleurs à : (1) l’errance mélodique qui découle de l’usage intensif de clausules suspensives ; (2) l’errance métrique et rythmique inhérente à l’oscillation continue entre pulsations binaires et tertiaires ; (3) le figuralisme sanglotant des mélismes et de divers effets vocaux et respiratoires. La validation de cette hypothèse s’appuie sur l’analyse sémiotique d’une ubūḏiyya profane, « Ḫuḏ el-’ayš », interprétée par Muḥammad al-Qubbantšī, et d’une ubūḏiyya religieuse, « Warāyā », chantée par Ḥaydar al-‘Aṭṭār.

Abstract
This article studies the musical factors in the process of cry-evoking in ubūḏiyya which is an Iraqi musical form based on a lamentation vernacular poem. Ubūḏiyya is performed in both religious and secular contexts: it is enlisted under a ritualistic phenomenon in the confines of Shia eulogy rituals in Iraq, taking into consideration that crying is one of the major goals to commemorate the tragedy of Al-Imam Al- Ḥusayn, as well as it is present in the geographic environment of this religious ritual, but for irreligious meanings. The hypothesis is that grieving and cry-evoking musical factors are: (1) the melodic wandering which is related to the overuse of suspensive clausulae; (2) the metric and rhythmic wandering which is related to the continuous swinging between binary and tertiary beats; (3) the crying figuralism of the melismas and other vocal and respiratory effects. This hypothesis is proved by a semiotic analysis of a secular ubūḏiyya, “Ḫuḏ el-’ayš”, performed by Muḥammad al-Qubbantšī, and of a religious example of ubūḏiyya, “Warāyā”, performed by Ḥaydar al-‘Aṭṭār.

 

6. FATEMI, Sasan, 2013, « La musique classique en fête : le cas du muqâm azerbaïdjanais », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 87-103.

Résumé
Bien que l’on exige d’une musique savante d’être exécutée devant un auditoire connaisseur et cultivé dans les circonstances particulières, garantissant les conditions d’écoute appropriées, le muqâm de la République d’Azerbaïdjan, estimé savant ou classique par les ethnomusicologues, se présentait tout au long des deux siècles précédents dans les fêtes de mariage, une circonstance évoquant normalement la réjouissance publique et qui va à l’encontre de toute sorte d’écoute concentrée et attentive de la musique. Pourtant, loin d’être une particularité surprenante qui puisse mettre en doute nos outils classificatoires, une étude approfondie de la circonstance en question montre bien que l’association du muqâm et de la fête est devenue possible non pas parce que le premier ne correspondait pas avec la catégorie supposée mais, tout au contraire, parce que la deuxième, la fête, ne remplissait pas ses fonctions habituelles et qu’elle était étrangère à la réjouissance publique.

Abstract
Although an art music is required to be performed before an knowledgeable and cultivated audience in particular circumstances, assuring the appropriate listening conditions, the muqâm of the Republic of Azerbaijan, estimated art or classical music by ethnomusicologists, was presented throughout the two previous centuries in wedding festivities, a circumstance normally bringing to mind the public exultation and which is contrary to any kind of concentrated and attentive music listening. Yet, far from being a surprising feature which can put in doubt our classificatory tools, an in-depth study of the circumstance in question shows that the association of muqâm and the festivity has become possible not because the former did not correspond to the supposed category but, to the contrary, because the latter did not fulfill its usual function and that it was unconcerned by the public exultation.

Revue des Traditions Musicales – Numéro 8

1. ABOU MRAD, Nidaa, 2014, « Éditorial », Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, n° 8 « Rythmes », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 5.

 

2. PICARD, François, 2014, « Du protocole d’analyse rythmique à la méta-analyse », Revue des traditions musicales, n° 8 « Rythmes », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 7-22.

Résumé
Sans nécessairement opter pour la quête d’une théorie universelle, la pratique universitaire impose de concilier les approches internes des phénomènes rythmiques et une compréhension externe, indispensable à la validation. On propose ici de repartir des enregistrements audio, de les faire entendre, de les décrire et de les découper. Leur présentation synchrone avec des éléments de visualisation va ainsi permettre de faire entendre à l’autre ce que l’expert perçoit, et ce qu’il sait.
Mots-clés : Rythme. Mesure. Interculturalité. Analyse. Performance. Aksak.

Abstract
The process described here did not derive from any ambition to resolve a supposed universal problem of rhythm. It was just developed in the contact between experts of various fields, trying to have each other understand what rhythm, pace, tactus, tala, clave, jiezou, was about. We propose to start from selected recordings, to describe it, edit it through cutting, inserting silences, making comparison and measurements. The document is then synchronised with visual analysis, including spectrograms, and possibly music notation. This process is opening the field to meta-analysis, by giving access to the material itself, to the tools used, and to the results.
Keywords: Rhythm. Measure. Interculturalism. Analysis. Performance. Aksak.

 

3. LAMBERT, Jean, 2014, « Un rythme pour empêcher de danser ? Les aksaks additifs et modulaires dans la musique yéménite » [A Rhythm to Forbid Dancing: the Additive and Modular Aksaks in Yemeni Music], Revue des traditions musicales, n° 8 « Rythmes », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 23-60.

Résumé
Cet article concerne les rythmes à pulsations irrégulières ou bichrones (habituellement désignés en musicologie comme « aksaks ») dans la musique au Yémen. Ma réflexion prend pour point de départ la pratique d’un musicien yéménite qui, dans les mariages, introduit volontairement dans un cycle aksak une ou plusieurs pulsations supplémentaires afin d’empêcher les convives de danser et les obliger à écouter sa musique. De cette particularité née de la tension artistique (et sociale), entre la danse et la musique, émerge en toute lumière la propriété musicologique caractéristique des rythmes aksaks : leur irrégularité. Quelles formes celle-ci peut-elle revêtir ? Jusqu’où peut-elle aller dans le raffinement esthétique ? Et quelles fonctions peut-elle remplir ? Après avoir exposé les caractéristiques des deux principaux cycles rythmiques à pulsations irrégulières, à 7 temps et à 11 temps existant dans le Chant de Sanaa, l’article décrit ces mécanismes d’ajout, de soustraction et de répétition d’une ou plusieurs pulsations chez Yaḥyā al-Nūnū et chez Aḥmed ‘Ušayš, deux musiciens qui exprimaient leurs objectifs esthétiques de manière relativement explicite. L’article examine également un procédé de composition qui transforme un cycle aksak en un rythme binaire par expansion d’une de ses pulsations irrégulières, également en vue de produire un certain effet sur l’auditeur (chez Moḥammed al-Ḥāriṭī). Ces procédés que je qualifie de « modulaires » permettent d’approfondir la théorie de ces rythmes irréguliers depuis leur découverte en Europe centrale : ils convergent avec la notion de « rythme additif » telle que celle-ci avait été formulée par les musicologues Djoudjeff, Stoin et Bartók, avant l’adoption du terme aksak par Constantin Brăiloiu. Plus globalement, ils ouvrent les rythmes aksaks sur les autres formes de rythmes car, selon l’expression de Curt Sachs, ceux-ci ne sont pas « sans portes ni fenêtres ». L’étude des aksaks en relation avec la poésie chantée soulève la question du rapport qu’ils entretiennent avec la métrique poétique dans les premiers écrits théoriques arabes (notamment chez Avicenne et Farābī). Cette profondeur historique nous permet de mieux comprendre ce paradoxe : comment un musicien peut introduire de l’irrégularité dans la régularité, ainsi que de la régularité dans l’irrégularité, au point d’empêcher ses auditeurs de danser ?
Mots-clés : Aksak, Rythme additif. Métrique poétique. Avicenne. Yémen.

Abstract
This article concerns the rhythms with an irregular pulsation, the "bichron" or "aksak" ones in the music of Yemen. My reflection started from the practice of a Yemeni musician who, sometimes in wedding parties, introduces in an aksak cycle one or several additional pulsations in order to forbid people to dance, and to compel them to listen to his music. From this particularity which was born from the artistic (and social) tension between dance and music, comes out in full light the most characteristic feature of the aksak rhythms : their irregularity. Which forms may they take? Until which degree of artistic refinery? And which functions can they fulfill? After having exposed the two main irregular rhythmic cycles in the Song of Sanaa, the 7 beats and the 11 beats, the article describes these mechanisms of adding, subtracting and repeating one or several pulsations in the music of Yaḥyā al-Nūnū and Aḥmed ‘Ušayš, two musicians who were assuming their esthetic purpose. The article examines also another process which transforms an aksak cycle in a binary cycle by expending one of its irregular pulsations, here too with the purpose of creating a certain effect on the listener (in Moḥammed al-Ḥāriṭī’s music). These techniques which I qualify as "modular" or "formulaic", allow us to elaborate more about the theory of the irregular rhythms. When they had been discovered in Eastern Europe at the beginning of the 20th century, they had been called "additive rhythms" by Bartók, Stoin and Djoudjeff. Thus, there is a convergence between our Yemeni material and these early observations, although it does not dismiss Brăiloiu’s work which called them "aksak" later on. More widely, these mechanisms open the aksak system on the other forms of rhythm, as, according to Curt Sachs, this system is not "without doors nor windows". Moreover, the study of the aksaks in relation to the sung poetry raises the question of the relation they entertain with poetic meters in the first writings on Arabian music (mainly Avicenne and Fārābī). This historical depth allows us to better understand this paradox: how a musician can introduce irregularity in the regularity of rhythm (and vice versa), to the extend that he is able to forbid his audience to dance?
Keywords: Aksak. Additive rhythm. Poetic metric. Avicenne. Yemen.

 

4. ABOU MRAD, Nidaa, 2014, « Polymorphisme rythmique d’une hymne syriaque maronite ou comment gravir le Chemin de Croix en dansant » [Rhythmic Polymorphism of a Syriac Maronite hymn or how to climb the Way of Cross while dancing?], Revue des traditions musicales, n° 8 « Rythmes », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 61-84.

Résumé
Cet article est confronté à la problématique inhérente à la haute fréquence des hymnes syriaques de l’office de la Semaine Sainte maronite, dont le rythme est doublement stratifié, en ce sens qu’il peut être analysé à la fois comme procédant d’une bichronie 2/1, qui est attachée aux pulsations syllabiques et qui est propre au giusto syllabique, et d’une bichronie 3/2, qui agglomère les pulsations syllabiques au sein de pulsations métasyllabiques et qui est propre à l’aksak, selon la typologie établie par Constantin Brăiloiu. L’hypothèse avancée consiste à considérer cette double stratification rythmique comme une actualisation du syncrétisme esthétique qu’a réalisé saint Éphrem de Nisibe au IVe s. entre le schème apollinien et le schème dionysiaque, en sorte que la strate giusto syllabique serait liée au première schème, tandis que la strate aksak dénoterait la deuxième strate. La validation de cette hypothèse repose sur une analyse morphophonologique rythmico-mélodique de la strophe-modèle commune à neuf hymnes de mesure 11/8, enregistrées par le maître de cette tradition, le Père antonin Maroun Mrad (1913-2009). Cette analyse procède de la sémiotique modale et permet de réécrire la surface de ces hymnes en termes de structures sous-jacentes. Ainsi la perspective diachronique/phylogénique du syncrétisme esthétique antique se trouve-t-elle réactualisée sous la forme synchronique/ontogénique d’une transformation qui opère en sémiotique grammaticale générative musicale entre deux strates morphologiques. C’est en ce sens que ces hymnes de la passion christique sont investies d’une dynamique de danse dabkeh aksak paysanne, qui inscrit l’enthousiasme de la résurrection christique dans le Chemin de Croix.
Mots-clés : Sémiotique modale. Aksak. Giusto syllabique. Esthétique musicale. Dyonysisme. Apollinisme. Passion christique. Hymne.

Abstract
This article concerns the problem of high frequency of the Syriac hymns of the Maronite office of the Holy Week, whose rhythm is doubly stratified, in the sense that it can be analyzed at the same time like a 2/1 bichron rhythm, which is attached to the syllabic irregular pulsation and which is specific to the giusto syllabic rhythm, and like a 3/2 bichron rhythm, which agglomerates the syllabic pulsations within an irregular metasyllabic pulsation and which is specific to the aksak rhythm, according to the Constantin Brăiloiu typology. The hypothesis considers this double rhythmic stratification as an actualization of the aesthetic syncretism which saint Ephrem carried out in the 4th century between the Apollonian and the Dionysian schemas, so that the giusto syllabic rhythm layer would be related to the first schema, while the aksak rhythm layer would indicate the second schema. The validation of this assumption rests on rythmico-melodic morphophonological analysis of the stanza-model which is commune to nine 11/8 measured hymns recorded by the Master of this tradition, the Antonine Father Maroun Mrad (1913-2009). This analysis proceeds of modal semiotics and makes it possible to rewrite the surface of these hymns in terms of deep structures. Thus the diachronic/phylogenic perspective of the ancient aesthetic syncretism is actualized in the synchronic/ontogenetic form of a transformation which operates in generative musical grammatical semiotics between two morphological layers. It is in the sense that these anthems of Christ passion are stressed by a dabkeh aksak country dance, which registers the enthusiasm of Christ resurrection in the Way of Cross.
Keywords: modal semiotics, aksak, giusto, musical esthetics, dyonysism, apollinism, Christ passion, hymn.

 

5. FATEMI, Sasan, 2014, « Rythmique enfantine en Iran » [Children’s rhythms in Iran], Revue des traditions musicales, n° 8 « Rythmes », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, p. 85-108.

Résumé
La rythmique enfantine iranienne est un cas particulier qui ne respecte pas au moins un des principes de la rythmique enfantine découverts par Brăiloiu. Alors que, selon Brăiloiu, la quantité des syllabes n’affecte pas les durées du rythme dans ce système, la rythmique enfantine iranienne est significativement affectée par la nature des syllabes. De plus, précisément à cause de cette même exception, cette rythmique est soumise à des règles plus ou moins strictes concernant la quantité des syllabes et le schéma rythmique de chaque groupe dans une série. En dépit de ces exceptions, les principes découverts par Constantin Brăiloiu restent de loin l’outil le plus efficace pour comprendre la métrique des comptines persanes et celle d’autres versifications musicalisées ; une métrique dont la nature a été pendant longtemps l’objet de débats entre les linguistes. Cet article a mis l’accent sur les séries valant 8, selon la terminologie de Brăiloiu, qui sont de loin, comme dans d’autres cultures, les séries les plus répandues dans la rythmique enfantine de l’Iran.
Mots-clés : Rythme enfantin. Comptine iranienne. Prosodie. Métrique persane. Constantin Brăiloiu. Quantité syllabique.

Abstract
The Iranian children’s rhythm is a specific case that does not follow at least one of the principles of children’s rhythms discovered by Brăiloiu. While according to Brăiloiu the quantity of syllable does not affect the duration of the rhythm in this rhythmic system, the children's rhythms of Iran are significantly affected by the nature of the syllable. Moreover, precisely because of this same exception, Iranian children’s rhythms are subject to more or less strict rules concerning the quantity of syllables and the rhythmic pattern of each group in a series. Despite of these exceptions, the principles discovered by Constantin Brăiloiu remain by far the most effective tool for understanding the metric of Persian nursery rhymes and other rhythmic verses, the metric of which was for long time the subject of debates between linguists. This article has focused on the series of rhymes given the value of 8, according to Brăiloiu’s terminology, which are, as in other cultures, the series by far the most widespread in Iranian children’s rhythms.
Keywords: Children’s rhythm. Iranian nursery rhyme. Prosody. Persian metrics. Constantin Brăiloiu. Quantity of syllables.