L’Université Antonine (UA) a célébré la Fête de Notre-Dame des Semences ainsi que le trentième anniversaire de sa fondation, à l’invitation de son Recteur, le P. Michel Saghbiny.
À cette occasion, l’Université a tenu une messe solennelle en l’église Notre-Dame des Semences, sur le Campus Hadat–Baabda. La liturgie était présidée par le Révérendissime P. Abbé Joseph Bou Raad, Supérieur général de l’Ordre antonin maronite (OAM) et Chancelier de l’UA, et concélébrée par le P. Saghbiny et le P. Ziad Maatouk, Secrétaire général et Vice-recteur à l’administration, en présence des membres du Conseil de l’Ordre, des vice-recteurs, des membres du Conseil des fiduciaires, ainsi que des corps enseignant, administratif et estudiantin.
De l’éducation qui transcende le savoir
Dans son homélie, l’Abbé Bou Raad a puisé dans l’image de la Parole de Dieu comme une semence généreusement offerte à tous les êtres humains. Il a expliqué que lorsque les cœurs se durcissent, ils deviennent inaptes à l’accueillir, laissant alors la semence à l’extérieur d’eux-mêmes, privée du terreau qui lui permettrait de s’enraciner et de porter du fruit. C’est pourquoi il a appelé chacun à cultiver en soi la disposition d’une « terre féconde », ouverte au questionnement, à la réflexion, aux liens avec autrui et à la quête de la vérité.
Il a indiqué que la vocation de l’Université n’est pas d’accumuler des savoirs, mais de créer avant tout un espace où l’être humain apprend à écouter en profondeur et à repartir transformé. L’éducation, a-t-il affirmé, travaille l’être humain en son for intérieur et le guide vers une vie professionnelle spécialisée, ancrée dans une croissance humaine et spirituelle authentique.
L’Abbé Bou Raad a poursuivi que toute véritable conversion de soi prend naissance lorsque l’être humain consent à reconnaître les limites de son propre savoir. Ceux qui refusent d’admettre ce qu’ils ignorent demeurent enfermés dans l’étroitesse de leurs certitudes, tandis que ceux qui acceptent de rester ouverts à l’apprentissage voient leurs horizons s’élargir sans cesse.
Il a aussi évoqué la présence indéfectible et maternelle de la Vierge Marie, qui accompagne et soutient tous ceux qui l’invoquent dans les moments de besoin comme dans leur marche vers Dieu.
Poursuivant sa réflexion, il a mis en lumière le fait que l’Université Antonine a de tout temps imploré l’intercession de la Vierge Marie, formulant le vœu que la Fête de Notre-Dame des Semences demeure, pour toute la communauté universitaire, un temps de bénédiction, et que la présence réconfortante de Marie ne cesse d’envelopper et de porter l’Université dans la poursuite de sa mission.
Il a également exprimé le souhait que l’Université préserve cette ouverture qu’il a qualifiée d’exemplaire, une ouverture grâce à laquelle chacun, au sein de la communauté universitaire, peut se sentir en sécurité et libre de se consacrer à la quête du savoir, sans être entraîné dans des logiques de rivalité fondées sur la supériorité intellectuelle ou la démonstration de puissance. L’essentiel, a-t-il conclu, est de progresser ensemble sur une route commune afin que, sous la conduite de Dieu, le Liban puisse devenir une véritable patrie cimentée par l’amour mutuel, la solidarité et un sentiment d’appartenance commune, plutôt que fragmentée par les divisions et les antagonismes.
De symboles, d’héritage et de continuité
Avant l’allocution du Recteur, le P. Jean Al Alam, Vice-recteur au développement humain intégral, a dévoilé la portée symbolique de l’ornement liturgique spécialement conçu pour cette occasion et réalisé par l’Atelier antonin des ornements liturgiques à partir de soie végétale traditionnelle, dans une démarche alliant valorisation du patrimoine artisanal libanais et conscience environnementale.
Cet ornement intégrait plusieurs éléments hautement symboliques : le cèdre du Liban, expression de la fermeté de la foi et de l’enracinement ecclésial ; les branches de chêne inspirées du paysage qui entoure le Monastère Saint Isaïe, maison-mère de l’Ordre antonin maronite, évoquant la force, la patience et la résilience ; ainsi que les rameaux d’olivier, porteurs des valeurs de paix, d’amour et de service à l’humanité.
Au revers de l’ornement figurait le Monastère Saint Isaïe, lieu de prière et d’union à Dieu, aux côtés du Tau antonin et de l’emblème du 325e Jubilé de l’Ordre antonin maronite, pour lequel cet ornement avait été spécialement conçu.
Le P. Al Alam a également expliqué que la couronne réalisée pour la fête de Notre-Dame des Semences portait une forte dimension symbolique, renvoyant aux trente années de parcours de l’Université Antonine ainsi qu’à la continuité de la mission de l’Ordre à travers les générations, dans un lien unissant mémoire, héritage et espérance tournée vers l’avenir.
Des valeurs, de la conscience nationale et de la responsabilité humaine
À l’issue de la messe, le P. Saghbiny a prononcé une allocution dans laquelle il a déclaré : « À la lumière des circonstances que nous avons traversées et que nous continuons de traverser, l’Université Antonine a choisi de célébrer le trentième anniversaire de sa fondation ainsi que la fête de Notre-Dame des Semences en gardant le regard tourné vers les blessures profondes de la nation, vers ses étudiants et leurs familles, leurs maisons et leurs villages. »
Intitulée « L’Université comme laboratoire de valeurs », son intervention a porté sur ce qu’il a qualifié de déformation des valeurs et de leur signification dans le monde contemporain. Il a relevé que « l’agresseur, le criminel et le meurtrier sont désormais présentés comme les figures les plus éthiques, voire comme des médiateurs de paix ; que la dignité humaine semble réservée à une catégorie particulière d’êtres humains ; que la sécurité et la stabilité s’imposent par la menace et l’intimidation ; et que la vérité est transmise à travers la falsification, la désinformation et la calomnie. Dans de telles circonstances, interroger le sens des valeurs devient à la fois un droit et un devoir. »
« Nous devons relire nos valeurs », a-t-il poursuivi, « car ce qui nous est présenté aujourd’hui comme tel est profondément déformé et trompeur. La valeur de la paix ne saurait justifier la violence et la mise à mort, pas plus que le droit sacré à l’autodéfense ne peut légitimer les massacres et les déplacements forcés. »
Le P. Saghbiny a ajouté : « Nous formons des générations d’étudiants afin qu’ils deviennent des femmes et des hommes capables de reconnaître l’égalité en dignité, de respecter les différences d’idées et d’accueillir la diversité des appartenances. »
Il a mis en lumière la place centrale qu’occupent les valeurs au sein de l’Université Antonine : « Dans notre Université, nous recherchons la vérité afin de l’appliquer avec cohérence et de la transmettre avec sagesse. Dans notre quête d’excellence, nous nous efforçons d’atteindre les plus hauts standards en matière d’enseignement, de recherche et de service. Notre diversité est préservée par la promotion d’une communauté académique inclusive, respectueuse des différences et de la pluralité de ses membres. »
Il a ajouté : « L’intégrité signifie pour nous encourager la communauté universitaire à agir avec éthique, honnêteté et équité. La responsabilité consiste à renforcer la solidarité et la citoyenneté active à travers des actions soucieuses de préserver la durabilité. Enfin, c’est par la conscience culturelle, l’engagement dans la création et la valorisation du patrimoine culturel local et universel que nous exprimons la beauté. »
Le P. Saghbiny a témoigné de son inquiétude face au fait que les revendications humanitaires les plus élémentaires, telles que pleurer le martyre des enfants ou condamner le ciblage des secouristes et des journalistes, soient désormais perçues comme des motifs d’accusation de trahison.
« Qu’est-ce qui définit la responsabilité nationale ? », s’est-il interrogé. « Nous pouvons vendre et acheter tout ce que nous voulons, sauf notre pays. Malheureusement, le Liban partage ses frontières avec une victime imaginaire qui s’arroge un mandat sacré de vengeance perpétuelle, détruisant qui elle veut et ce qu’elle veut, et revendiquant une légitimité divine lui permettant de tuer et de s’installer où bon lui semble. Le pape Léon XIV a déclaré : « N’invoquez pas le nom de Dieu pour justifier des choix de mort. » »
Il a conclu en déclarant : « Si l’Université Antonine a fait de ces valeurs la colonne vertébrale de son approche éducative, nous affirmons également que nos étudiants en acquièrent bien d’autres encore à travers leurs différents champs d’études. Nous croyons en la force de ces valeurs, puisque nous aspirons à contribuer au passage du Liban d’une terre de contradictions à une terre de mission, et d’un pays où les identités civilisationnelles s’affrontent à un pays où les identités spirituelles dialoguent, interagissent et se complètent au sein d’une identité nationale unificatrice. »
D’un héritage, d’une mission et d’une espérance
La célébration s’est achevée par un échange de salutations et un toast marquant cette occasion. Dans un geste symbolique inspiré de la fête de Notre-Dame des Semences, les participants ont reçu deux bouteilles d’huile d’olive bénies par le P. Abbé Bou Raad et offertes comme signe de partage, de bénédiction et d’attachement à la terre.
Provenant directement du sud du Liban, cette offrande portait en elle un rappel profondément significatif des valeurs de solidarité, de foi et d’appartenance qui continuent d’irriguer le parcours de l’Université.
Alors que l’Université Antonine célèbre les trente années écoulées depuis sa fondation, cette occasion est venue réaffirmer son engagement à demeurer un espace où l’éducation transcende la seule transmission des savoirs pour former des femmes et des hommes guidés par la vérité, l’ouverture, la responsabilité et la dignité humaine.
Sous la protection de Notre-Dame des Semences, l’Université poursuit son chemin avec espérance, portant une mission enracinée dans le service de la personne et de la société, tout en contribuant à l’édification d’un avenir plus uni, plus humain et plus porteur de sens.