L’Université Antonine (UA) a tenu, le 17 décembre 2025, un séminaire se déroulant sur une journée portant le titre « L’IA au service de la mission », dans l’enceinte de son Campus de Hadat–Baabda. Organisé sous l’égide de l’Institut de formation des formateurs (ITT), en étroite collaboration avec Upscale Hub et la Faculté d’ingénierie et de technologie (FET), l’événement a réuni séminaristes, formateurs religieux et acteurs pastoraux autour d’une exploration approfondie et réfléchie des modalités selon lesquelles l’intelligence artificielle (IA) peut être intégrée de manière éthique et responsable au cœur de la mission de l’Église.
Un séminaire ancré dans le discernement et la vocation de service
Conçu en réponse à l’expansion fulgurante de l’IA qui modifie les cadres de la vie contemporaine, ce séminaire a abordé avec acuité le besoin croissant d’un discernement éclairé dans l’adoption de ces technologies dans les domaines pastoral, éducatif et ecclésial. Grâce à un programme soigneusement structuré, la journée a été pensée comme un cheminement équilibré entre réflexion conceptuelle et pratiques concrètes, invitant les participants à méditer sur les voies par lesquelles l’IA peut soutenir le ministère et le service, tout en préservant intégralement la dignité inaliénable de la personne humaine.
Réflexions inaugurales : placer l’Église au cœur de l’évolution technologique
La journée s’est ouverte sur des allocutions de bienvenue qui ont posé les fondements du séminaire. Dans ses mots introductifs, Mme Hanane Merhej, maîtresse de cérémonie, a mis en avant la conviction de l’UA selon laquelle l’IA représente, pour l’Église, non seulement un défi académique, mais également une opportunité enrichissante. D’après ses propos, ce séminaire est une manifestation concrète de la volonté de l’Université de concrétiser cette vision par le biais de projets qui placent l’Église à l’avant-garde des évolutions contemporaines.
Dans son discours, le P. Michel Khoury, Directeur de l’ITT, a fait apparaître l’urgence d’un engagement sérieux face à l’IA, relevant qu’elle n’est plus un sujet marginal mais bien primordial. Il a souligné la nécessité d’en maîtriser l’usage avec intelligence, responsabilité et discernement, notamment dans le cadre de la formation ministérielle et du service pastoral.
Le Pr Roger Achkar, Doyen de la FET, a indiqué que l’IA a quitté le registre de la spéculation conceptuelle et le domaine de l’abstraction pour prendre place dans les réalités concrètes de notre époque. Elle est à l’œuvre dans la vie quotidienne, les modes de communication, les cadres éducatifs et les processus de pensée. Il a décrit la responsabilité qui incombe à l’Université, et notamment à la Faculté d’ingénierie et de technologie, de comprendre ces transformations, d’orienter leur développement et de les canaliser vers le service de la personne humaine et du bien commun.
L’humanité comme centre de toute innovation
La session d’ouverture s’est achevée par l’allocution du P. Michel Saghbiny, Recteur de l’UA, qui a replacé le séminaire dans le contexte plus large de la responsabilité qu’a l’Église d’accompagner la personne humaine dans une ère numérique en évolution rapide. Il a affirmé que les enjeux liés à l’IA ne se limitent pas aux questions techniques, mais touchent profondément à la condition humaine et aux exigences éthiques.
Réfléchissant à la responsabilité qu’implique le progrès technologique, le P. Saghbiny a affirmé que la personne humaine doit demeurer la mesure de toute innovation, déclarant que « la manière dont nous utilisons les outils et les technologies de notre temps, y compris l’intelligence artificielle, est ce qui détermine le degré de notre humanité ».
Il a également évoqué la nécessité de veiller à ce que l’IA nourrisse la créativité et la formation plutôt que toute dérive vers l’assujettissement, avertissant qu’elle doit être utilisée « pour devenir plus créatifs, et non passifs ou dépendants ». Dans une réflexion qu’il a poursuivie, il a mis en garde contre les conséquences plus profondes d’un usage inapproprié, déclarant :
"ليس فقط ذكاؤنا، بل أيضًا قلبنا قد يصبح اصطناعيًّا."
« Non seulement notre intelligence, mais aussi notre cœur risque de devenir artificiel. »
À travers ces réflexions, le Recteur a présenté ce séminaire comme un appel au discernement, à la responsabilité éthique et à la formation continue, réaffirmant que l’innovation doit toujours demeurer au service de la personne humaine et de la mission de l’Église.
Comprendre l’IA : des concepts à la responsabilité
Les séances matinales ont offert aux participants une base conceptuelle solide. Le Dr Imad El Hajj, Professeur au Département de génie électrique et informatique de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), a proposé une introduction claire et accessible à l’intelligence artificielle. Il en a expliqué les mécanismes, rappelé les limites et dissous plusieurs idées reçues. Son intervention a mis en lumière un message clé de la journée, rappelant que ces technologies peuvent éclairer la décision humaine sans jamais s’y substituer.
Cette intervention a été suivie de celle animée par M. Joe Abi Aad, fondateur et PDG de Netiks International, qui a retracé l’évolution de l’IA, depuis les systèmes prédictifs jusqu’aux modèles génératifs avancés. Il a souligné l’importance croissante, à l’échelle mondiale, des pratiques responsables et transparentes, permettant aux participants de mieux saisir à la fois les potentialités et les risques inhérents à ces technologies.
M. Mario Korban, directeur des opérations à Upscale Hub, a ensuite présenté un panorama des outils et applications actuels de l’IA. Il a illustré la manière dont les technologies liées au texte, à l’image, à l’audio ou encore aux données peuvent soutenir la traduction, l’accessibilité, l’éducation et la communication dans des contextes pastoraux, établissant ainsi un pont entre savoir technique et besoins concrets du ministère.
De la théorie à la pratique : des outils au service du ministère
Le cœur de l’atelier s’est déployé durant l’après-midi, où la réflexion a été transposée en pratique à travers trois ateliers centrés sur des applications concrètes et adaptées aux réalités de la vie ecclésiale.
Le premier atelier s’est intéressé aux tâches académiques et pastorales quotidiennes des séminaristes. Il a montré comment l’IA peut soutenir la préparation des homélies et des réflexions catéchétiques en facilitant l’interprétation de l’Évangile, l’organisation des idées et la clarification des contenus. Les participants ont également découvert comment l’IA peut appuyer le travail universitaire, qu’il s’agisse d’élaborer des plans, de résumer des textes, d’organiser des sources ou de vérifier des références, tout en maintenant la rigueur théologique et académique. L’accent a été placé sur le discernement, confirmant que l’IA demeure un soutien, tandis que le jugement humain et la responsabilité spirituelle restent incontournables.
Le deuxième atelier, consacré à la pastorale des jeunes, a invité les participants à explorer des approches créatives et engageantes pour communiquer la foi aux nouvelles générations. À travers des exercices pratiques, ils ont expérimenté l’élaboration d’idées pour des rencontres et activités, la conception de supports visuels, la préparation de contenus pour les réseaux sociaux, la production de courtes vidéos et la création de quiz interactifs. La séance a montré comment l’IA peut stimuler la créativité et renforcer la pertinence des initiatives en direction des jeunes, tant en présentiel que dans l’espace numérique.
Le troisième atelier s’est penché sur l’administration et la communication au sein des paroisses et institutions ecclésiales. Les participants ont appris comment l’IA peut simplifier des tâches quotidiennes telles que la rédaction d’annonces ou de courriels, la traduction de contenus, la synthèse de réunions et de documents, la conception de modèles et de formulaires, la création de bulletins paroissiaux, de même que l’organisation des supports de communication et des calendriers d’événements. L’atelier a également introduit des outils élémentaires de gestion et d’automatisation, montrant qu’il est possible de gagner en efficacité sans perdre la sensibilité pastorale ni la dimension humaine du service.
Ces ateliers ont montré, ensemble, qu’une intelligence artificielle utilisée avec discernement, responsabilité et éthique peut devenir une alliée précieuse pour la formation, le ministère et l’administration.
Regards conclusifs et vision tournée vers l’avenir
Le séminaire s’est conclu par une intervention du P. Ziad Maatouk, Secrétaire général et Vice-recteur àl’administration, qui a remercié les participants pour leur engagement actif et les a encouragés à intégrer les acquis de cette journée dans leur formation et leur service pastoral. Il a rappelé que, au-delà de la gestion de l’information, l’IA peut libérer du temps pour ce qui demeure essentiel : la présence auprès des personnes, lieu irremplaçable de la rencontre humaine.
Dans l’esprit d’amélioration continue qui caractérise l’UA, les participants ont été invités à partager leurs retours pour enrichir les prochaines initiatives. La journée s’est achevée par la remise des certificats de participation et d’un modeste présent de Noël, une bouteille de vin, en signe de gratitude et de convivialité.
L’innovation au service de l’humain
En créant un espace où la foi, la formation et la technologie se rencontrent, l’Université Antonine réaffirme son engagement envers des initiatives qui placent l’innovation au service de l’humanité. À travers cette démarche, l’Université nourrit une vision qui se projette vers l’avenir, ouverte au progrès tout en restant fidèlement ancrée dans sa mission de service, de responsabilité et de développement humain intégral.
Ce séminaire marque le début d’un chemin qui se poursuivra, alors que l’Université Antonine continue d’explorer des voies réfléchies et éthiques pour intégrer l’intelligence artificielle au service de la foi, de la formation et de l’épanouissement humain.