« Vieillir avec dignité »
Le 11 février 2026, le Département des sciences infirmières (DNS) de l’Université Antonine (UA) a officiellement lancé le Diplôme spécialisé en soins infirmiers en gérontologie. Cette étape fondatrice illustre l’engagement indéfectible de l’UA à conjuguer innovation académique et responsabilité sociale, au regard des mutations liées à l’avancée en âge de la population.
Un engagement institutionnel au service du soin humain
La session matinale s’est ouverte par des allocutions officielles en présence de prestigieux invités. Aux côtés de la Directrice du DNS, Mme Manal Merhi, ont pris part à cet événement inaugural la Présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Liban, Mme Abir Kurdi Alameh ; le Recteur de l’UA, le P. Michel Saghbiny ; le Secrétaire général, le P. Ziad Maatouk ; ainsi que les Vice-recteurs, Doyens et Directeurs, enseignants, membres du personnel administratif et étudiants.
Dans son intervention, le P. Saghbiny a inscrit cette initiative dans une perspective qui dépasse le cadre purement académique pour revêtir une portée éthique et sociétale profonde, résumée en ces termes : « Il ne suffit pas d’accorder aux personnes âgées des années supplémentaires à leur vie ; notre devoir est de leur accorder davantage de vie à leurs années ».
Il a souligné que le lancement de ce diplôme répond directement aux besoins en constante évolution de la société libanaise, où l’allongement de l’espérance de vie exige une expertise plus poussée et globale dans les dimensions sanitaires, psychologiques, sociales et économiques du vieillissement. Il a également insisté sur le fait que les personnes âgées, sources précieuses d’expérience et de sagesse, méritent que leur dignité, leur participation et leur bien-être soient pleinement garantis.
Mme Abir Kurdi Alameh, Présidente de l’Ordre des infirmières et des infirmiers au Liban, a évoqué la dimension éminemment humaine des soins gérontologiques. À travers des témoignages issus de la pratique, elle a décrit la relation singulière qui se tisse entre soignants et personnes en âge d’or, dépassant les gestes techniques pour s’inscrire dans une présence attentive et bienveillante. L’une d’elles lui avait confié ne plus se percevoir « seulement infirmière », mais également confidente, presque membre de la famille, offrant un soutien humain indissociable de la qualité des soins.
Mme Alameh a mis en avant la nécessité de préserver cet esprit de compassion et de sollicitude relationnelle au cœur des formations spécialisées, l’expertise clinique ne pouvant, à elle seule, répondre à la complexité des besoins émotionnels et sociaux liés au vieillissement.
Présentation académique du diplôme
Mme Manal Merhi a ensuite présenté les objectifs, la structure et les débouchés professionnels du Diplôme universitaire en gérontologie. Conçu comme un programme interdisciplinaire, ce diplôme intègre des fondements scientifiques et des applications pratiques pour former des professionnels aptes à appréhender la complexité du vieillissement sous ses multiples facettes.
La présentation a mis en lumière les composantes essentielles du curriculum, notamment la compréhension des transformations physiologiques liées à l’âge, la prise en charge des pathologies associées, l’analyse des défis psychosociaux tels que l’isolement et la réintégration sociale, ainsi que l’élaboration de politiques et de dispositifs d’accompagnement adaptés aux besoins spécifiques des personnes âgées.
L’ambition centrale de ce diplôme demeure de doter les infirmières et infirmiers de compétences spécialisées qui rehaussent la qualité des soins, favorisent l’autonomie et préservent la dignité des personnes âgées dans des environnements cliniques et communautaires variés.
Panel de discussion : L’avenir des soins infirmiers en gérontologie au Liban
La matinée s’est poursuivie par un panel de discussion de haut niveau intitulé « L’avenir des soins infirmiers en gérontologie au Liban », animé par Mme Joy Hannoun, enseignante à temps plein au Département des sciences infirmières.
Cette rencontre a rassemblé des experts issus des milieux universitaires, des institutions de santé et des instances internationales de gouvernance.
Le Dr Gaby Moukarzel, Doyen de la Faculté de santé publique à l’UA, a abordé le thème « L’approche gériatrique : la nouvelle méthodologie en médecine moderne », plaidant pour une transition des modèles centrés sur la maladie vers une prise en charge holistique et personnalisée, adaptée aux besoins complexes des populations vieillissantes.
Mme Manal Said, Consultante régionale en vieillissement auprès de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (ONU-CESAO), a exploré le thème du « Développement professionnel et parcours de carrière en gériatrie ». Elle a mis en évidence la demande croissante de spécialistes qualifiés à l’échelle régionale et internationale, ainsi que les opportunités professionnelles en pleine expansion dans les systèmes de santé, les services sociaux, la recherche et l’élaboration des politiques publiques.
Mme Soha Yantani, Directrice des soins infirmiers à l’Ain Wazein Medical Village, est intervenue sur le thème « Vieillissement et santé : l’importance des soins infirmiers spécialisés ». Elle a mis en relief l’apport déterminant des compétences infirmières avancées dans l’amélioration de la qualité de vie, la préservation de la dignité et la garantie de la continuité des soins pour les personnes en âge d’or.
La Dre Saydeh Dableh, infirmière spécialisée en santé communautaire et en gestion des systèmes de santé, a examiné « L’accès des personnes âgées aux centres de santé primaires dans une communauté libanaise diversifiée ». Son intervention a fourni une analyse des défis structurels et systémiques auxquels se heurtent les personnes âgées pour accéder aux services de santé essentiels, appelant à des stratégies communautaires intégrées et à des politiques de santé véritablement inclusives.
Les échanges qui ont suivi ont reflété l’urgence de former des professionnels compétents, capables d’appréhender les réalités multidimensionnelles du vieillissement. Le panel a réaffirmé avec force qu’investir dans la formation en gérontologie constitue non seulement un impératif sanitaire, mais également un investissement sociétal stratégique pour bâtir un avenir plus résilient et plus compassionnant.
Engagement communautaire et impact intergénérationnel
À l’issue du lancement officiel, l’événement s’est prolongé par un volet communautaire dédié aux personnes en âge d’or. Les étudiants du Département des sciences infirmières, en collaboration avec le Département de physiothérapie et la Faculté des sciences du sport, ont animé des ateliers interactifs portant sur des aspects fondamentaux de la santé et du bien-être des personnes âgées.
Les participants ont bénéficié de bilans de santé complets, incluant la mesure de la pression artérielle, de la glycémie et de l’indice de masse corporelle, accompagnés de conseils personnalisés en matière de nutrition, de sommeil et de prévention des chutes. Des activités complémentaires ont également été proposées : exercices de stimulation cognitive, discussions sur la gestion des traitements médicamenteux, séances d’activité physique adaptée et guidance en physiothérapie visant à améliorer la mobilité et à réduire les risques de chutes.
La journée s’est achevée par un déjeuner intergénérationnel empreint de convivialité, favorisant le dialogue, la rencontre humaine et le partage d’expériences entre étudiants et participants âgés, incarnant ainsi l’esprit de dignité, de respect et de solidarité qui fonde la mission même de ce diplôme.
À travers cette initiative, l’Université Antonine réaffirme sa vocation à unir excellence académique et besoins réels de la société : promouvoir un savoir qui renforce la dignité humaine, nourrit le sens des responsabilités et contribue à l’édification d’un avenir plus inclusif et fraternel pour toutes les générations.